Lettre de la prison de Gilboa

Publié le par ag94

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Ameer Makhoul
 

Ce texte est une lettre écrite par Ameer Makhoul, citoyen palestinien d’Israël qui a été arrêté le 6 mai 2010 par la police israélienne. Il est accusé d’espionnage et de trahison.


La lettre, écrite de la main de Makhoul a été reçue par mel par sa famille, et postée de la prison israélienne de Gilboa. Sa femme, Janan, a confirmé à Ma’an que la lettre venait bien de son mari.

Makhoul est un dirigeant de la communauté palestinienne de Haifa. Il est détenu comme son collègue Omar Said.

 

 

30 mai 2010


Comme j’ai été autorisé à prendre plume et papier, interdits ces trois dernières semaines, et comme j’ai été autorisé à ne plus être à l’isolement total, c’est le moment d’écrireune courte lettre de ma prison.

C’est ici l’occasion pour moi d’exprimer mes sincères remerciements, mes salutations et ma gratitude à tous mes collègues et amis, aux groupes de solidarité, aux organisations et aux personnes, aux Internationaux, aux Arabes, aux Israéliens et aux Palestiniens, ceux qui sont au pays et dans la Diaspora. Un salut tout particulier à ceux qui ont rendu visite à ma famille et les ont soutenus après le traumatisme qu’ils ont subi le 6 mai et depuis cette nuit là. C’est le moment de dire à toutes les organisations de défense des droits humains, locales et internationales, à quel point j’apprécie qu’elles aient fait entendre fortement leurs voix.

Tout comme aux organisations partenaires d’Ittijah dans le monde entier, qui ont soutenu mon/notre combat pour la justice et pour que j’aie un procès équitable afin de prouver mon innocence.

Je souffre toujours beaucoup physiquement mais moralement c’est un sentiment superbe de savoir ce que solidarité veut dire.

Toute mon histoire c’est que les services de renseignements israéliens, le “Shabak,” considèrent comme vrai quelque chose dont ils ne savent rien et sans la moindre preuve. Ils m’ont demandé, m’ont imposé de leur expliquer dans le moindre détail comment j’avais fait ce que je n’ai jamais fait. S’il y a pour eux un problème logique pour terminer le puzzle, ils disposent des outils légaux pour le remplir avec de supposées « preuves secrètes » que mes avocats et moi-même n’avons pas le droit de connaître.

Les médias en Israël m’ont déjà jugé coupable, un terroriste, un partisan du terrorisme. La règle du jeu ici c’est que je suis coupable, que je prouve mon innocence ou pas. Cette opinion collective précède le procès et les procédures judiciaires.

La violation de la preuve et de procédures judiciaires justes est d’une importance cruciale. Le Shabak peut mentir à la cour avec ses “preuves secrètes”, en “interdisant des rencontres avec les avocats,” en “interdisant la publication d’information,” en “imposant l’isolement total” et d’autres méthodes de torture sophistiquées, qui ne laissent pas de traces directes bien qu’elles soient très dures [1]. Je pense que mon affaire est l’occasion d’examiner ces outils en tant que moyens de criminaliser les défenseurs des droits humains.

Je voudrais insister à nouveau sur votre soutien et votre solidarité. J’y vois un message crucial de soutien à la victime, pour arrêter le bras de l’oppresseur.

Merci. Continuons sur la voie de la justice, de la dignité humaine, des droits humains et faisons en sorte qu’un procès équitable soit possible.

Bien à vous,

 

Ameer Makhoul

[1] voir Amnesty international :

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