Le message d'espoir des 108 aux palestiniens

Publié le par ag94

Une délégation de 108 élus, associatifs et artistes français s'est rendue cette semaine dans les territoires palestiniens et en Israël afin de réaffirmer leur solidarité et de témoigner de la situation faite au peuple palestiniens. Reportage.


À la sortie de Bethléem, sur le mur de séparation qui précède le checkpoint, trois mots jetés à la peinture rouge : « Exister, c'est résister ». Une manière de réaffirmer le droit d'exister en tant que peuple sur sa terre. Et donc de se battre après Gaza, alors que la colonisation continue de miter la Cisjordanie et à faire des territoires palestiniens des enclaves qui ne représentent plus aujourd'hui que 12 % de la Palestine historique. Venir dans les territoires après Gaza, c'est aussi une démarche. Celle des 108 élus, associatifs et artistes emmenés par l'Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR) et l'Association de jumelage entre les camps de réfugiés palestiniens et les villes françaises (AJPF) consistait tout d'abord à réaffirmer leur solidarité mais aussi à témoigner de la situation faite aux Palestiniens dans l'indifférence la plus totale de la communauté internationale. Venir dans les territoires après Gaza, c'est enfin constater que le phosphore blanc n'est pas la seule façon de nier le droit d'un peuple à disposer de lui-même et à exister.

Ainsi, dès le premier jour, à Jérusalem, dans le quartier de Selwan, la délégation a pu vérifier sur le terrain la stratégie qui consiste à vider la partie Est de ses habitants. La rencontre avec des comités d'habitants palestiniens qui attendent l'expropriation et la destruction de leurs maisons en vue de laisser place aux colons laisse un premier goût amer aux membres de la délégation. Malgré la détermination des habitants à sans cesse reconstruire après chaque démolition et à « ne pas bouger », comme l'explique Abel Shaloudi, ce premier contact avec le terrain a agi comme un coup de massue. « Dans les manifs, on a crié "Nous sommes tous des Palestiniens" sans réellement savoir ce qu'il se passait. J'ai pris l'humiliation qu'ils subissent en pleine figure. Et surtout, je ne m'attendais pas ce que la ségrégation soit aussi avancée », explique Farid Diab, conseiller municipal délégué de Fleury-Mérogis. Puis ce fut le temps de la confrontation avec le futur tramway qui coupe l'Est en deux pour relier les colonies entre elles et surtout avec le mur qui isole la ville du reste des territoires occupés. Quitte également à dissoudre toute perspective d'un État palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale. Le mur porte également atteinte aux 22 000 réfugiés du camp de Shufat, dont les habitants dépendent de Jérusalem. Cerné par les barbelés et les miradors, le camp, qui fait figure de prison à ciel ouvert, est également menacé par les quatre colonies qui l'enserrent, considérant qu'il bloque leur extension.

En s'adressant à la délégation, Hind Khoury, déléguée générale de la Palestine en France, a affirmé que « cette capacité à se révolter rend chacun de nous un peu plus humain ». « Il ne faut plus donner d'excuses à Israël pour continuer à agresser des hommes. » Rencontré à la Muqata, Rafik Husseini, le directeur de cabinet de Mahmoud Abbas, a été peu disert sur la division entre le Fatah et le Hamas, renvoyant la question au processus démocratique : « C'est au peuple de décider s'il ne veut plus de M. Abbas. » Cette question de l'unité est apparue en filigrane lors de la rencontre avec Fadwa Barghouti, l'épouse de Marwan, ce leader du Fatah, condamné à cinq peines de prison à perpétuité, qui est souvent perçu comme le seul capable de rassembler. Patrick Le Hyaric, directeur de l'Humanité et tête de liste du Front de gauche en Île-de-France, a considéré que l'embastillement d'un élu revenait à « nier la possibilité d'un peuple à être représenté. Nous avons en mémoire un homme pour qui nous avons aussi mené un combat, Nelson Mandela. Mais aujourd'hui ce sont des milliers de Mandela qui doivent être libérés sans condition. » Au camp de Deisheh, le député Abu Khalil a lui aussi lancé un message, résumant à lui seul le sens de ce déplacement : « Ce n'est pas la première visite que vous nous rendez et nos échanges - notamment les jumelages - sont porteurs d'espoir sur le long terme à l'heure où nous faisons face à un gouvernement israélien de la droite dure. Votre présence est un message d'espoir humaniste et politique. Vous avez surmonté les obstacles : le mur, les checkpoints... et ce que vous voyez ici est plus fort que tous les discours. »

Lina Sankari
envoyée spéciale.L'humanité

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