Une interview d’Emily Henochowicz, gravement blessée par les soldats israéliens

Publié le par ag94

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Democracy Now !


Emily Henochowicz a perdu un œil après avoir reçu une bombe lacrymogène, lancée par les israéliens lors d’une protestation en Cisjordanie.
Cette étudiante en beaux-arts nous parlera de sa vie, de son art et surtout, des raisons qui l’incitent à y retourner (en Palestine).
Emily Henochowicz

Une interview exclusive a été accordée à l’émission Democracy Now ! Le mois de mai dernier, l’invitée, une étudiante américaine en beaux-arts âgée de 21 ans a perdu un œil lors d’une manifestation condamnant l’attaque israélienne sur la flottille de la Liberté qui avait fait neuf morts. Ce jour là, Emily avait reçu une bombe lacrymogène en plein visage.

A ce sujet, Henochowicz déclare : « Je n’ai aucun complexe après avoir perdu mon œil, je suis fière de moi-même et de ce que je suis. C’est une cause à laquelle j’ai cru, c’est pourquoi j’avais pris part à la manifestation ce jour là ». « J’ai vraiment changé depuis, et je ne serai plus la même personne » [l’article original peut inclure une transcription à la hâte].

Juan Gonzalez : Aujourd’hui, Democracy Now ! vous propose une interview exclusive avec Emily Henochowicz, un nom dont vous vous rappellerez sans doute. C’est cette jeune étudiante en beaux-arts âgée de 21 ans qui, le mois de mai dernier, a perdu un œil après avoir reçu en plein visage une bombe lacrymogène lancée par les israéliens. Emily termine cette année le prestigieux programme des beaux-arts de Cooper Union ici à New York. Le printemps dernier, elle avait choisi d’étudier les beaux-arts en Israël dans une école de renom à Jérusalem. Emily possède la citoyenneté israélienne car son père est né là-bas et ses grands-parents sont des survivants de l’Holocauste.

Dès son arrivée, Emily passait son temps entre Jérusalem Est et la Cisjordanie où elle se mettait à dessiner des tableaux qui ont vite commencé à refléter la dure réalité et la cruauté de la vie et du quotidien palestinien dans les Territoires Occupés.

Amy Goodman : L’information venait de tomber ce 31 mai, rapportant que des commandos israéliens ont attaqué, au large de la Méditerranée, une flottille d’aides à destination de la Bande de Gaza, tuant neuf militants à bord. Emily avait alors décidé de participer à la protestation condamnant l’assaut israélien en rejoignant les manifestants rassemblés au point de contrôle de Qalandiya, en Cisjordanie.

Face à ces faits, la police aux frontières israéliennes a ouvert le feu par le lancement des bombes lacrymogènes, dont l’une d’elles frappait Emily de plein fouet, arrachant ainsi son œil gauche et fracturant plusieurs os de son visage. Evacuée en urgence à l’hôpital, son œil n’avait, cependant, pas pu être sauvé.

D’après les premiers éléments d’enquête, le Ministre israélien de la Défense a déclaré qu’il s’agissait d’une légitime réponse de la part de la police aux frontières, et que le lancement des bombes lacrymogènes était justifié. Toutefois, des témoins et un journaliste de Ha’aretz présent sur les lieux ont confirmé que les forces israéliennes avaient ouvert le feu en direction des manifestants et non pas en l’air comme le stipulent la réglementation. La police israélienne avait engagé une enquête criminelle.

Pendant ce temps, Emily est rentrée aux Etats-Unis, remise de ses blessures mais avec une nouvelle allure : son œil gauche, perdu à jamais. La semaine écoulée, Israël avait refusé de lui payer ses factures médicales, élevées à $ 3.700 suite aux soins reçus à l’hôpital de Jérusalem. Le gouvernement prétend qu’elle a été touchée involontairement après qu’elle ait mis sa vie en péril en prenant part à cette manifestation.

Bien. Emily Henochowicz est de retour à New York où elle entame sa dernière année à Cooper Union, pas très loin de nos studios. Elle nous rejoint pour sa première émission. Emily, bienvenue à Democracy Now !

Emily Henochowicz  : Bonjour

Amy Goodman : Permettez nous de revenir un peu en arrière, comment vous vous êtes retrouvée en Israël ?

E.H  : En fait, j’étais comme tous les jeunes universitaires de mon âge, désireux de participer à un programme d’échange. J’ai eu un penchant pour le programme proposé par Bezalel, c’est pourquoi j’étais partie. Et je le réitère, mon départ n’était nullement motivé par des raisons politiques.

A.G  : Et que s’est-il passé une fois là-bas ?

E.H  : Vous savez, le problème est que l’école nous accordait trois semaines de vacances à l’occasion de Pessa’h (Pâques). Cette période est suffisante pour sillonner les différents endroits et découvrir la réalité comme elle se présente sur les colons, sur le mur et sur toutes les choses qu’on a l’habitude de lire. C’est à ce moment précis que j’ai commencé à prendre conscience de la réalité, à ouvrir les yeux, d’où mon implication.

Juan Gonzalez : Quelle était vraiment la nature de votre implication ? Était-ce une participation à des mouvements de protestations, ou bien un soutien aux différents mouvements pour les Palestiniens ?

E.H  : Effectivement, c’est un mélange des deux aspects. Je veux dire par là que j’ai pris part à de nombreuses manifestations tenues un peu partout, comme celle à Nabi Salah où ils tentaient de s’approvisionner en eau. Chaque semaine, ils se rassemblaient pour essayer d’accéder à leur puits.

D’autre part, il y a, comme vous le savez Bil’in et le mur de séparation. J’avais donc passé plus de temps à Sheikh Jarrah car j’avais rejoint l’ISM [International Solidarity Movement] - Mouvement International de Solidarité - qui avait planté une tente, une sorte de guet, où une personne était maintenue 24 heures pour s’assurer que les colons en avant-poste ne commettent des absurdités. Si c’est le cas, des témoins étrangers présents sur place se chargent au moins de relever les faits.

A.G  : Sheikh Jarrah à Jérusalem Est ?

E.H  : Oui.

A.G  : Vous dessiniez là-bas ?

E.H  : En réalité, j’ai fait beaucoup de dessins un peu partout.

A.G  : A propos, nous allons montrer quelques uns de vos dessins et nous allons les poster sur notre site internet www.democracynow.org

E.H  : D’accord, c’est formidable.

A.G  : Au fait, votre blog « Thirsty Pixels », E.H  : Oui.

A.G  : Pourquoi lui avoir choisi ce nom ?

E.H  : Parce que la chose qui nous maintient en vie tue et détruit les ordinateurs.

A.G  : Et comment « Thirsty Pixels » tuent-ils les ordinateurs ?

E.H  : L’eau détruit un ordinateur. Mais ces pixels ont besoin d’eau.

A.G  : A présent, parlez-nous de votre évolution. Vous êtes à Sheikh Jarrah et vous assistez à beaucoup de choses.

E.H  : Oui

A.G  : Parlez-nous de vos origines, vos parents et vos grands-parents sont des survivants de l’Holocauste ?

E.H  : Mm-Hmm

A.G  : Votre père est citoyen israélien ? E.H  : Tout à fait.

A.G  : Votre famille a vécu dans des camps de concentration ?

E.H  : Non. Mes grands-parents sont originaires de la Pologne. Bien que je ne sois pas très au fait de leur histoire, mais je sais que faute de stabilité, ils ont parcouru toute l’Europe à la recherche d’un endroit pour vivre. Ils étaient de fervents sionistes. Ils ont alors pris la direction d’Israël où ils vécurent dix années.

A.G  : Votre père est né là-bas ?

E.H  : Mm-Hmm

A.G  : Votre père était au courant de votre évolution et des nouvelles visions que vous avez adoptées ? Est-ce que vous parliez quand vous étiez en Israël et lui ici aux Etats-Unis ? En d’autres termes, était-il conscient du revirement de votre opinion et du changement de votre point de vue et perspective sur ce qui se passe en Israël et dans les Territoires Occupés ?

E.H  : Vous savez, il m’a été très difficile au début d’en parler à mes parents, de leur raconter que je suis partie en Cisjordanie, que j’ai côtoyé des Palestiniens et que nous avons pris des thés ensemble. Mais ensuite, il fallait qu’ils soient au courant, ce qui m’a pris environ un mois pour aborder le sujet. La réaction de mon papa était celle d’un père intéressé et soucieux mais qui, en parallèle, venait de subir une offense par rapport à tout ce que je faisais. Finalement, il s’est fait une idée à ma façon de voir les choses.

A.G  : Nous allons marquer une page de publicité pour revenir ensuite découvrir comment votre père a-t-il changé son idée. Aussi, vous voici en train de protester au niveau de points de contrôle, sachant que votre grand-père a été, il y a quelques années, un garde frontières.

Vous regardez Democracy Now ! notre invitée n’est autre qu’Emily Henochowicz, l’étudiante de 21 ans en beaux-arts à Cooper Union, New York qui a perdu son œil, le mois de mai dernier lors d’une participation à une protestation en Cisjordanie contre l’attaque israélienne ayant ciblé la flottille d’aides pour Gaza. Nous serons de retour dans une minute.

[Pause]

A.G  : Dans ce nouveau numéro, nous vous transmettons l’interview exclusive avec Emily Henochowicz, étudiante en beaux-arts dans le prestigieux Cooper Union. Mai dernier, elle reçoit une bombe lacrymogène en plein visage, entrainant ainsi la perte de son œil.

Emily, avant de parler de ce moment, nous avons précédemment mentionné que votre grand-père était garde frontières ?

E.H  : Effectivement. Je n’ai pas beaucoup d’informations à ce sujet. Tout ce que je sais est qu’il était policier aux frontières pendant qu’il vivait en Israël.

A.G  : Parlez-nous maintenant du 31 mai 2010. Où étiez-vous ?

E.H  : J’étais restée dans l’appartement de l’ISM à Ramallah, et,

A.G  : Vous voulez dire l’International Solidarity Movement (Mouvement International de Solidarité)

E.H  : Absolument. Donc, ce matin là, j’ai reçu un appel. Aussitôt, il était évident que le nombre des victimes soit complètement gonflé, on entendait parler de 21 personnes tuées dans la flottille, mais à la base, il a été décidé d’une manifestation à partir de Ramallah où chacun devait brandir un drapeau représentant les différents pays qui composaient la flottille. C’est pourquoi je suis sortie pour rejoindre la manifestation.

A.G  : Il s’agissait de la flottille d’aides pour Gaza, E.H  : Oui

A.G  : La flottille composée de bateaux transportant une aide humanitaire pour Gaza.

E.H  : Oui. Je disais donc que la manifestation à Ramallah a été bloquée mais nous avons continué jusqu’au point de contrôle de Qalandiya, situé entre Jérusalem et Ramallah. Comme nous déplorions les morts, je ne pensais pas que les gaz lacrymogènes seraient utilisés. Je considérais que dans de pareilles situations, Israël se comporterait, soi-disant, convenablement, sans recourir à la violence. Hélas, je m’étais leurrée.

J.G : Pouvez-vous nous décrire ce qui s’est réellement passé ce jour ? Combien de personnes étaient présentes à la protestation ? Les participants étaient majoritairement des Israéliens, des gens de l’ISM ou bien des Palestiniens ? Que s’est-il produit par la suite ? Autrement dit, du début de la manifestation jusqu’au moment où ils ont commencé à tirer des bombes lacrymogènes ?

E.H  : Bien évidemment, il s’agissait d’une manifestation organisée par les Palestiniens. Donc, la majorité était palestinienne. Il n’y avait pas beaucoup de monde quand j’étais sur place car on avait quitté cet endroit avant. Il y avait quelques militants pacifistes israéliens, et j’étais là-bas avec un ami de l’ISM ainsi que deux autres personnes qui ont nouvellement adhéré à l’ISM et que je venais de rencontrer.

J.G : Qu’est-il arrivé ensuite ? Juste avant que les soldats israéliens ne commencent à tirer les bombes lacrymogènes ?

E.H  : Jonathan Pollak a grimpé la clôture et a hissé les drapeaux palestinien et turc sur le point de contrôle. A.G  : Pollak est un membre de l’ISM ?

E.H  : Non, c’est un militant pacifiste israélien. A.G  : Oh ! Le militant pacifiste israélien.

E.H  : Après avoir hissé les drapeaux, les policiers à la frontière sont venus et les ont enlevés. De l’autre côté du mur, des garçons palestiniens ont commencé à jeter les ordures du sol. C’est à ce moment là que les policiers ont tiré des gaz lacrymogènes.

A.G  : Où est-ce que vous étiez ?

E.H  : J’étais dans une zone avec peu de barricades. C’est un peu compliqué de vous expliquer sans une carte de la région. Regardez, voici le mur, là c’est le point de contrôle de Qalandiya, et je suis quelque part ici.

A.G  : Vous étiez avec un groupe d’individus en train de les voir tirer ?

E.H  : En réalité, je ne les ai pas vus tirer, je voyais juste quand elles tombaient (les bombes), alors, j’ai essayé de voir d’où ça venait pour que je les évite. Ce qui est sûr, c’est que l’endroit d’où ça venait était très proche, car cela se passait en un laps de temps.

J.G : Je crois qu’il a été reporté dans un des articles parus ultérieurement que vous aviez dit à un ami, du genre « Je ne m’attendais pas à rencontrer tous ces ennuis. Je crois que je devrais m’éloigner d’ici ».

E.H  : Vous savez, je constatais que la situation devenait dangereuse et prenait de nouvelles dimensions. Je commençais à parler avec mes parents qui m’ont supplié de ne pas m’exposer aux dangers. J’ai dit à mes parents que je ne mettrai pas ma vie en péril, mais ça alors ! Y a eu une sorte de craquement et puis voilà, c’était ça...

A.G  : Qu’entendez-vous par « sorte de craquement » ?

E.H  : Je ne sais pas. C’était une sensation bizarre et singulière quand j’ai été frappée en plein visage.

A.G  : Aviez-vous compris ce qui s’était passé ?

E.H  : Oui, Je n’ai pas perdu connaissance.

A.G  : Racontez-nous alors ?

E.H  : En fait, une dame est accourue vers moi. Je crois qu’elle s’appelle Nariman Tamimi. En dépit des tirs et de la fumée, elle m’a saisie avant que je ne tombe. Ensuite, elle a couvert mon visage avec une gaze tirée de son sac à dos magique rempli d’outils médicaux et a ameuté tous les gens qui étaient autour. Enfin, j’ai été transportée sur un chariot, en urgence, vers l’hôpital de Ramallah et vous connaissez la suite de l’histoire.

A.G  : Donc, initialement, vous avez été évacuée vers un hôpital Palestinien ?

E.H  : Effectivement, à Ramallah.

A.G  : Ensuite ?

E.H : Vous devez savoir qu’une ambulance palestinienne n’a pas le droit de traverser la frontière, de même que des Palestiniens de la Cisjordanie ne sont pas autorisés à entrer en Israël, c’est pourquoi, on a dû me transporter d’une ambulance à une autre pour ensuite poursuivre notre trajet à destination de Hadassah.

J.G : Durant la période de traitement que vous avez eu à l’hôpital de Hadassah, avez-vous été approchée par des responsables israéliens pour vous interroger ou vous emprisonner ?

E.H  : M’emprisonner ? Non. Je ne crois pas avoir commis un crime en étant blessée, mais,

A.G  : Votre père est venu ?

E.H  : Oui

A.G  : Votre père est médecin aux Etats-Unis ?

E.H  : Tout à fait. Il a passé toute la semaine à mon chevet. Beaucoup de gens sont venus me rendre visite. Je sais que Nariman a voulu venir me voir mais elle n’a pas été en mesure de le faire, c’est évident, elle est...

A.G  : C’est la dame qui est venue vers vous...

E.H  : Oui, je crois qu’elle est...

A.G  : Elle vous a secourue.

E.H  : C’est une héroïne, remplie de bravoure. Elle est originaire de Nabi Salah, zone C. Dans cette zone, les permis de construire ne sont pas octroyés à beaucoup d’individus, c’est pourquoi un ordre de démolition a été établi contre sa maison. Elle passe son temps à lutter mais hélas, sa voix, ainsi que celle de la majorité des Palestiniens ne sont pas entendues. Quand j’étais hospitalisée, des gens remplis d’amour et d’affection sont venus me rendre visite, parmi eux, des personnes venues de Sheikh Jarrah et un groupe d’amis. Ce fut formidable.

A.G  : Quelle réaction avez-vous eue de la part de la communauté juive, qu’elle soit en Israël ou bien ici ?

E.H  : C’est un peu mitigé. Un rabbin était en colère contre moi. D’autre part, des gens avec lesquels j’ai discuté ont compris que mon action a été motivée par une intention humanitaire. Aussi, comme j’appartiens à la troisième génération depuis l’holocauste, je peux me distancier de l’idée de ce besoin urgent d’une patrie juive et des sentiments d’insécurité. Je suis en mesure d’analyser la situation et de relever les disparités et inégalités fondamentales qui existent.

A.G  : Emily, vous êtes une artiste. E.H  : Oui.

A.G  : Quand avez-vous découvert ce talent ?

E.H  : Depuis toujours.

A.G  : Quel impact la perte de votre œil a-t-elle eu sur Emily la dessinatrice ?

E.H  : Vous savez, c’est difficile de vous décrire le sentiment avec précision. J’ai toujours été aux petits soins et très maniaque au sujet de mes yeux. J’avais tellement peur que j’ai refusé de subir une chirurgie au lasik. Dans mon travail, je compte beaucoup sur la vue car j’observe ce qui m’entoure puis je dessine ce que ma mémoire visuelle a conservé. Cependant, rien ne m’a empêché de poursuivre mon œuvre normalement car je venais de réaliser qu’un seul œil suffisait. Je bouge et je suis une personne très normale. Dans un sens, je possède une nouvelle perception de la profondeur, car les choses me paraissent à présent petites. En fait, quand je contemple un objet à deux dimensions, je ne dispose pas de ce signal qui me confirme ce que je vois, je peux même l’évaluer par rapport à ses propriétés à trois dimensions...mais...

A.G  : Vous ne portez pas de lunettes aujourd’hui ?

E.H  : Non

A.G  : Mais vous avez peint sur le verre qui cache votre œil gauche.

E.H  : Effectivement

A.G  : Pouvez vous nous décrire vos lunettes ?

E.H  : Elles n’ont rien de très spécial. J’ai demandé au chirurgien ce que je devais faire et si j’avais besoin d’un bandeau oculaire. Il a donc mis un ruban sur mes lunettes. Quand le ruban a commencé à se dégrader, j’ai pris quelques marqueurs et j’ai dessiné dessus. C’était une solution rapide.

J.G : Entre votre chirurgien et vous, les choses n’ont pas toujours été perçues de la même manière, s’agissant du traitement à long-terme ou bien comment faire face à la perte de votre œil dans l’avenir.

E.H  : Je dois reconnaître que mon chirurgien a été formidable, il a fait un excellent travail avec moi et il m’a comblé de sa remarquable attention. La divergence de nos points de vue tournait, je pense, autour de l’éthique. Je comprends que du point de vue esthétique, une prothèse est nécessaire et je peux en avoir besoin. Cependant, je veux me sentir moi-même car après tout, je n’ai pas deux yeux. Il me semble assez bizarre que les gens me fixeront un jour droit dans les yeux alors que je sais au fond que ce n’est pas mon œil qu’ils regardent, mais un verre ou une prothèse.

A.G  : Permettez-moi de vous informer que nous avons contacté l’ambassade d’Israël qui a refusé un entretien avec nous. Toutefois, l’ambassade nous a fait part de la déclaration suivante, je cite : « Nous tenons à exprimer notre profonde compassion et solidarité avec Emily Henochowicz suite à sa blessure. L’ambassadeur Oren et tout le personnel a accordé une entrevue à Emily et sa famille. Nous tenons à préciser qu’une enquête approfondie et transparente est en cours au sujet de cet incident malencontreux. Aussi, il convient de signaler que la manifestation était motivée par une protestation illégale qui a pris des proportions violentes, ce qui a nécessité l’utilisation de moyens anti-émeute pour disperser la foule. Emily se réserve le droit de tout recours légal ainsi que toute indemnité avec sa compagnie d’assurance ». Fin de la déclaration de l’ambassade israélienne.

Qu’entendent-ils par « votre compagnie d’assurance » ? Qui vous a indemnisé ?

E.H  : Il s’agit de la facture de l’hôpital. Nous n’avons pas encore signé le chèque car nous espérons toujours qu’Israël paye pour ce qui m’était arrivé. Les soins reçus aux Etats-Unis ont été, bien évidemment, payés de mes assurances et de ma poche ?

A.G  : Mais ils ne vont par payer pour l’instant ?

E.H  : Non, pour l’instant, non.

J.G : Quand ils font mention d’une enquête en cours, avez-vous été interviewée ou interrogée par le gouvernement israélien pour témoigner de ce qui s’était passé ce jour là ?

E.H  : Oui. En fait, j’ai oublié le terme qui désigne cela. Il y a une semaine environ, j’ai été interrogée. Honnêtement, les questions ne me paraissaient pas très approfondies. Je m’attendais à des questions du type : « Quelle était votre position ? Quelle était leur position ? Quelle était la distance entre les policiers aux frontières et vous ? », ce sont là les critères sur lesquels ils devaient se baser pour leur enquête. Je pense qu’ils s’intéressaient le plus aux motifs qui m’ont emmenée en Israël et la durée de mon hospitalisation à Hadassah. Je ne sais pas, on verra.

A.G  : Envisagez-vous de retourner en Israël ou en Cisjordanie ?

E.H  : Absolument, absolument.

A.G  : Et vous avez toujours la citoyenneté israélienne ?

E.H  : Tout à fait. Elle ne m’a pas été ôtée, alors... Vous savez, mon cœur est là-bas, et comme j’ai subi un changement physique radical et perpétuel, alors je dois y retourner. Je sens que c’est une partie de moi. Tous ces gens chaleureux. Je dois avouer que l’une des plus fortes raisons qui m’ont poussée à soutenir les Palestiniens est leur amabilité à mon égard et envers d’autres étrangers. Je dois leur témoigner de ma gratitude, leur donner de mon affection et amour, je dois alors retourner là-bas.

A.G  : Emily Henochowicz, je vous remercie infiniment d’avoir été avec nous.

E.H  : Merci.

A.G  : C’est la fin de notre émission. Si vous voulez savoir plus sur notre invitée et son art, visitez son blog thirstypixels.blogspot.com ou via notre site internet www.democracynow.org, où vous découvrirez cette jeune étudiante de 21 ans, entamant sa dernière année en beaux-arts à Cooper Union, et qui a perdu son œil en recevant une bombe lacrymogène de plein fouet, alors qu’elle protestait contre l’attaque israélienne de la flottille à destination de Gaza.

Notes :

i) Bil’in est une petite ville de Cisjordanie située à 12 km à l’ouest de Ramallah, à côté de la barrière de séparation israélienne et de la colonie israélienne de Modiin Illit

ii) http://www.palsolidarity.org/about-ism/

iii) La technique du Lasik (LAser in-Situ Keratomileusis) est une intervention chirurgicale de l’œil. Son principe consiste à découper une fine lamelle dans l’épaisseur de la cornée (qui est la partie transparente de la surface de l’oeil) afin de permettre un remodelage en profondeur de la courbure cornéenne au laser. Son but est principalement de corriger la myopie, mais également d’autres aberrations optiques comme l’hypermétropie, l’astigmatisme ou la presbytie (on parle alors de « presbi-lasik » en modifiant la forme de la cornée). Cette opération permet de se passer d’un système de correction (lunettes ou lentilles de contact).

5 août 2010 - Democracy Now ! - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.democracynow.org/2010/8/...
Traduction de l’anglais : Niha

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