Sameh Asad, en fin de stage à Lille pour devenir accordeur de piano à Naplouse - La Voix du Nord

Publié le par ag94

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Sameh Asad termine à Lille un ultime stage d'apprentissage. À la fin du mois, il rentre chez lui, à Naplouse, avec, en poche, un diplôme d'accordeur de piano. Une belle histoire qui donne du crédit au jumelage entre Lille et la cité de Cisjordanie. Sans ce pont solidaire établi entre les deux villes, le jeune homme aurait continué à jouer du oud et les pianos palestiniens seraient restés désaccordés.

 

PAR EMMANUEL CRAPET

 

lille@lavoixdunord.fr PHOTOS PIERRE LE MASSON

Prenez un annuaire téléphonique de Naplouse (comme il n'existe pas en tant que tel, inventez-le), ouvrez-le à une page au hasard et, les yeux fermés, choisissez avec le doigt un nom. Si cet homme saute en parachute l'après-midi même dans votre jardin, vous aurez une chance qu'il soit venu pour accorder votre piano. Pas besoin d'avoir fait des études poussées en mathématiques pour comprendre que la probabilité est faible. Mais la tendance va s'inverser dans les jours qui viennent, grâce à Sameh Asad, qui, hier, bouclait un ultime stage d'apprentissage dans le quartier de Saint-Maurice-Pellevoisin.

Trouver un accordeur de piano quand on habite Naplouse, qui est pourtant la capitale économique de la Palestine, était marqué du sceau de l'impossible. Le dernier à faire ce métier était un vieil homme de Jérusalem qui, avant même de ne plus pouvoir se déplacer à cause de son âge, était dépendant de l'humeur des soldats israéliens en poste à Al Hawara, checkpoint qui barre l'entrée principale de la cité palestinienne. Ce n'est pas facile à imaginer quand on a grandi dans la métropole lilloise, mais sur le territoire palestinien, la libre circulation des personnes est un rêve chimérique.

« Le meilleur »

À la fin du mois, Sameh Asad, 29 ans, aura donc la lourde responsabilité de faire oublier ces mois passés sans qu'aucun piano ne soit correctement accordé. Au départ de l'aventure, ils étaient dix Naplousis. « J'ai sélectionné le meilleur et celui qui me semblait être le plus motivé », se souvient Olivier Marie, son premier maître de stage (lire également ci-dessous), qui, pendant presque un an sur place, a initié son apprenti aux techniques d'accordeur de piano.

« C'est un garçon charmant, à l'écoute, confirme Francis De Clercq, facteur de piano et maître artisan lillois. Je l'ai vu progresser et c'est un réel plaisir de transmettre sa passion dans ces conditions. » À l'automne dernier, Sameh décrochait une espèce de Graal pour cette dizaine d'apprentis accordeurs palestiniens : le droit d'entrer à l'Institut technologique européen des métiers de la musique (installé au Mans). « C'était la première fois que je venais en Europe », raconte le jeune homme. Lui qui n'avait inscrit que la Jordanie sur son carnet de voyage joue du oud depuis une dizaine d'années. Il a été séduit par cette formation de facteur de piano « parce que dans mon pays, il n'existe pas vraiment ce métier-là ».

Maintenant si.

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