Retour de Bil’in, village palestinien balafré par le mur de la honte Par Madjid Messaoudene , élu de Saint-Denis (seine-Saint-Denis). L'Humanité

Publié le par ag94

Bil in Habibti

 

Comment obliger Israël à cesser la colonisation et à quitter la Palestine occupée ?


« L’injustice ». Aux côtés d’« humiliation », « rage », « dégoût » – et de tant d’autres –, il est peut-être le mot qui qualifie le mieux le sort que réservent les gouvernements israéliens successifs au peuple palestinien depuis plus de soixante ans. La situation que vivent les Palestiniens à cinq heures de vol de Paris détonne avec les images véhiculées par les médias français ou dans les discours tenus par l’immense majorité de notre personnel politique.

Je me suis récemment rendu – avec d’autres – à Bil’in afin de représenter la ville de Saint-Denis (93) pour la 5e Conférence internationale pour la paix et la résistance non violente. Bil’in est un petit village de Cisjordanie, situé à 12 kilomètres à l’ouest de Ramallah, qui a perdu 60 % de ses terres quand le mur de la honte est venu poser ses valises en plein milieu de la bourgade.

Le mur, qui balafre le village en deux, est symptomatique de la politique menée par les gouvernants installés à Tel-Aviv. Le mur de l’apartheid, les colonies, les expulsions, les arrachages d’oliviers, les humiliations aux checkpoints sont autant de preuves à charge contre Israël qui ont fini par me convaincre d’une chose  : Israël ne veut pas la paix. Et pourquoi la voudrait-il  ? Puisque la « seule démocratie du Moyen-Orient » peut en toute impunité continuer de mener sa politique raciste et colonialiste  ?

Un Palestinien de Ramallah ne pourra pas se rendre à Jérusalem annexée, où les pèlerins de toutes confessions déambulent dans les rues étroites de la ville et donnent cette étrange impression d’une ville apaisée, où vivraient en harmonie toutes les communautés. Or, ce tourisme religieux à ceci de pervers qu’il s’interdit de voir la réalité de l’occupation en face. On visite donc Jérusalem comme on visite le Vatican, ou Paris et Notre-Dame… Choquant  !

On ne compte plus les drapeaux israéliens qui flottent sur de nombreuses voitures. J’y vois un nationalisme exacerbé tout autant que le sentiment, plus ou moins profond chez nombre d’Israéliens, que la destruction de l’État d’Israël est un objectif pour tous ceux qui soutiennent les Palestiniens dans leur lutte légitime. Comme si la critique d’Israël, salutaire au regard des violations répétées du droit international, était forcément dictée par un antisémitisme savamment relooké…

Les rencontres sur place furent riches et les discussions, surtout avec les plus jeunes, très instructives. Je dois tout de même avouer que règne un pessimisme inquiétant. Certains semblent avoir « accepté » l’occupation comme un fait définitif, non par pure résignation mais comme un corrélat de l’isolement dont est victime ce peuple. L’absence de courage politique des « puissances » de ce monde est vue par les Palestiniens comme une carte blanche à Israël, un permis de coloniser, de détruire maisons et oliviers, de détruire la vie. De nombreux pays s’achètent une « conscience » en participant au financement d’équipements publics, de routes… Autant d’investissements que l’armée israélienne s’arrogera le droit de détruire quand bon lui semblera  ? Ce postulat étant établi – je rappelle que je pars du principe qu’Israël ne veut pas la paix –, Israël doit dès lors tout faire pour empêcher un quelconque accord de voir le jour. Quoi de mieux que de développer les colonies, d’accélérer la judaïsation de Jérusalem, ou encore d’exproprier des familles arabes  ? Quoi de mieux  ? Rien  ! C’est en effet le meilleur moyen d’empêcher les Palestiniens de vivre.

Des Palestiniens souvent contraints, pour beaucoup, d’occuper les emplois les plus pénibles et les moins rémunérés. À la pénibilité des métiers s’ajoute la discrimination salariale. À travail et compétence égaux, un Palestinien gagnera moins. Ils sont par ailleurs souvent contraints de travailler dans les colonies qui ont pour objectif de priver les Palestiniens de terres, souvent fertiles, mais aussi d’empêcher toute perspective d’un État viable avec une vraie continuité territoriale. Je ne peux qu’encourager ceux qui sont attachés aux droits élémentaires et à la justice à se rendre sur place et à constater combien Israël doit « payer » pour ses crimes. L’impunité, l’insolente impunité dont jouit cet État, devient bien plus insupportable lorsqu’on est allé sur place.

Comment donc obliger Israël à quitter la Palestine occupée  ? Les produits issus des colonies sont au cœur de la campagne BDS (boycott, désinvestissement, sanctions). Cette campagne doit encore grandir et permettre de mettre Israël au ban des nations. Le président Abbas vient également d’appeler officiellement à boycotter ces produits. Est-ce que cela suffira  ? Probablement pas. La lâcheté de ce qu’on appelle « la communauté internationale » nous invite à réfléchir à une alternative sérieuse aux réprimandes verbales inopérantes et interprétées par les plus droitiers des Israéliens comme une autorisation spéciale leur permettant de poursuivre leur entreprise de colonisation, destruction, humiliation, désolation.

Le gouvernement israélien vient de montrer une nouvelle fois son vrai visage, fait de violence et de haine.

On l’a vu à Gaza, et on l’a encore vu avec la flotille pacifique victime d’un assaut sanglant.

Au moins dix personnes ont péri sous les balles israéliennes. Dix personnes qui ne voulaient qu’une chose, aider les gazaouis à survivre.


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