Quand les Palestiniens jouent leur vie quotidienne Ecrit par Bastos

Publié le par ag94

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«L’art peut créer les conditions d’un changement et tout le monde peut y accéder »
affirment Arnaud, Fanny et Dahbia. Pour ces comédiens français des compagnies GAIA et ACTIF (Coopérative « Arc-en-ciel Théâtre Forum ») venus en Palestine, l’interaction est l’antidote contre les fatalismes de toutes sortes.

Développant la pratique du théâtre-forum, ils privilégient cette forme d’art comme « méthode d’éducation populaire qui vise à transformer les réalités quotidiennes ». En France, ils interviennent auprès de groupes de populations divers: travailleurs sociaux, enseignants, syndicats, personnes sans domicile fixe, usagers des services publics…

En Palestine, Arnaud, Dahbia et Fanny sont restes quatre jours à Hébron pour un workshop avec des femmes palestiniennes travaillant dans le domaine social. Ils animent actuellement un atelier de cinq jours auquel prennent part douze enfants palestiniens de différents camps de réfugiés, âgés de huit à quinze ans. Pour ces individus de France ou de Palestine dont la voix n’est pas souvent écoutée, voire méprisée, la pratique du jeu théâtral ouvre un « espace de création et de parole » , selon Arnaud.

La scène théâtrale se conçoit comme un « espace protégé dans lequel peuvent être mis en
débat des problématiques partages par les participants, a l’échelle d’une école, d’un quartier, ou encore de la société » expliquent les trois français. L’objectif que vise le théâtre forum est de donner aux individus les moyens de se rendre compte que leurs problèmes, leurs interrogations ou leurs souffrances sont partagés, et qu’ils peuvent saisir l’opportunité d’agir dessus par le jeu théâtral.

« Nous ne cherchons pas à montrer une solution toute faite, mais à donner aux gens les
moyens d’explorer différentes alternatives face a une situation problématique », déclarent les comédiens intervenants. Une recherche basée sur le jeu interactif, qui est selon eux « une autre forme de discussion et une rencontre .»

Dans ces ateliers de théâtre forum, l’interaction est en effet à l’honneur : un groupe d’une quinzaine de participants volontaires choisit une situation et la met en scène. Chacun est libre de jouer le rôle qu’il souhaite dans les saynètes préparées, indépendamment de son âge et de son sexe. Lors d une séance publique, l’assemblée est invitée a participer et a partager ses points de vue, en venant remplacer les personnages présents sur scène, dévoilant ainsi différentes manières de voir les choses et les évolutions possibles.

« Il s’agit de faire bouger les préjugés des gens », raconte Dahbia, de permettre « aux personnes de prendre de la distance par rapport aux rôles sociaux qu’ils jouent au quotidien ».  Cette mise a distance est d’autant plus cruciale en Palestine, où les individus souffrent du conflit, de l’occupation, des check-points et de la pauvreté et sont perçus le plus souvent comme des « Palestiniens », des « réfugiés » voire des « terroristes » et non comme des personnes humaines uniques.

Ainsi, dans l’atelier d’Hébron, une situation jouée se déroule à un check-point, où un enfant et une dame sont bloqués par un soldat israélien. Les autres situations mises en scène par ces femmes ne sont pas directement liées au conflit, et sont plutôt reliées a la vie dans la société palestinienne. L’une d’elle est une scène de présentation de deux fiancés à leurs familles respectives, qui illustre le pouvoir des mères dans le choix du conjoint de leur progéniture. Une autre s’interroge sur les moyens de protéger sa vie privée dans une communauté où les liens très forts peuvent rimer avec manque d’intimité.

Ces ateliers de théâtre forum permettent d’illustrer les représentations de chaque participant, qui peut se retrouver dans la peau d’un des rôles. Et aussi de voir les conséquences des alternatives proposes par les participants, puis par le public.

Pour l’atelier de Bethléem, auquel participent des enfants de camps de réfugiés, le temps risque d’être un peu court, concèdent les animateurs. « Certains des enfants sont particulièrement jeunes, et la barrière de la langue est forte, malgré le soutien continu d’une traductrice géniale. » explique Fanny. L’intérêt n’en est pas moindre pour autant : « c’est une rencontre: le défi de faire découvrir le forum à ces enfants sur un temps court. Et l’espoir qu’ils découvrent qu’on peut s’engager par le théâtre et a faire bouger des choses qui semblent insurmontables » ajoutent Fanny, Arnaud et Dahbia.

« Le conflit est inévitable dans les relations humaines. On doit accepter l’affrontement, mais pour négocier, il faut que les pensées de chacun puissent s’élaborer », selon Dahbia. Les pensées, mais aussi le rire qui s’élèvent comme un pied-de-nez face aux difficultés du quotidien.

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