Pierre Duquesne, diplomate français “La Palestine a tous les fondements d'un État”

Publié le par ag94

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Pierre Duquesne, ambassadeur français chargé des questions économiques de reconstruction et de développement, est l'organisateur en 2007 de la conférence de Paris des donateurs pour l'Etat palestinien. Présent aux MEDays, il revient ici sur le bilan de cette réunion et les perspectives d'aide à la Palestine dans un contexte marqué par le blocage du processus de paix israélo-palestinien.

Pierre Duquesne, ambassadeur français chargé des questions économiques de reconstruction et de développement, lors de l'entretien réalisé le 10 novembre 2010 à Tanger. / A. Alaoui

Vous êtes l’organisateur, en décembre 2007, de la Conférence de Paris des donateurs pour l’État palestinien. Trois ans après, quel bilan en faites-vous ?

Effectivement la Conférence de Paris couvrait une période de trois ans qui arrive à terme en décembre 2010. C’est objectivement un succès sous de nombreux aspects.

D’abord un succès de la stratégie qui a été choisie à l’époque par l’Autorité palestinienne mais aussi par la communauté internationale, et qui était de bâtir les fondements de l’État palestinien, (NDLR: la réunion de Paris était intitulée “Conférence internationale des donateurs pour l’État palestinien”), en dépit des évolutions du processus politique. Et c’est ce qui a été fait: l’Autorité palestinienne a accompli en trois ans des réformes et des efforts absolument considérables, qui font qu’on peut dire très honnêtement qu’il y a aujourd’hui plus d’État en Palestine –l’État ses grandes fonctions régaliennes, gouvernance, budget, sécurité– que dans bien des États formellement constitués dans le monde.

C’est aussi un succès financier, parce que c’est la première fois, pour un pays quelconque, que les donateurs tiennent totalement leurs promesses et même au-delà. Les Palestiniens avaient demandé une aide de 5,6 milliards de dollars pour trois ans, la communauté internationale leur avait promis 7,7 milliards de dollars. Nous ferons les comptes au début de l’année prochaine mais nous aurons cette somme, qui est à la fois égale aux promesses des donateurs et supérieure à la demande palestinienne.

Cette somme comprend environ 4,3 milliards dollars d’aide budgétaire qui n’est pas de la charité publique, mais destinée au fonctionnement des institutions (salaires des fonctionnaires, etc.). Je souligne aussi que cette aide n’est pas seulement pour la Cisjordanie mais elle va également à Gaza, c’est-à-dire à la Palestine dans son ensemble.

Gaza que contrôle le Hamas…

Le Hamas contrôle la sécurité à Gaza, mais pas tout. Par exemple l’autorité monétaire palestinienne qui assure la surveillance des quelque quarante succursales de banques de Gaza, ne dépend pas du Hamas. Pour en revenir à la conférence de Paris, c’est un succès comme en attestent plusieurs exemples, dont celui significatif de Naplouse qui, il y a trois ans, était presqu’une ville morte, alors qu’aujourd’hui des changements considérables ont été notés dans la vie quotidienne des populations. Ces transformations ne sont pas que le fait de l’aide internationale, mais sont également le résultat du dynamisme de ce pays malgré la conjoncture internationale.

Bien entendu tous ces éléments positifs ne cachent pas néanmoins une chose fondamentale: il faut qu'il y ait enfin un État palestinien viable.

L’Union européenne est le principal bailleur de fonds de la Palestine, n’est-il pas temps qu’elle fasse autant d’efforts sur le plan politique pour en arriver à cet État palestinien viable que vous évoquez ?

Les conclusions du conseil des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne de décembre 2009 sont très importantes: c’est par exemple la première fois qu’on parlait à 27 de Jérusalem, capitale de deux États. Nous avons donc une UE qui a des positions claires et qui pousse. Ce que l’on constate actuellement, c’est qu’il faut pousser tous ensemble en ayant le sentiment que les paramètres des négociations sont assez clairement connus de chacun des négociateurs, et que ce qu’il leur faudra c’est un minimum de volonté politique.

On ne peut pas dire que l’UE se contente d’être simplement un signataire de chèques, loin s’en faut! Elle intervient aussi par exemple, dans la formation des forces de sécurité palestiniennes: c’est grâce à elle que ces forces se sont plus déployées en Cisjordanie.

Donc l’UE n’est pas un simple financier, elle joue son rôle, elle pourrait le jouer peut-être plus, mais il ne faut pas oublier que c’est un ensemble de 27 Etats et non un seul pays.

Décembre marquera la fin de la période de trois ans que couvre la Conférence de Paris (décembre 2007-décembre 2010), quelles seront les nouvelles perspectives ?

L’Autorité palestinienne est en train de confectionner un nouveau plan de réformes et de développement, qui par définition ira au-delà des résultats du premier. Il s’agit de développer la réflexion dans des domaines qui étaient peut-être un peu moins couverts par le plan précédent, et qui prolongeront le plan du Premier ministre Salem Fayyad de l’été 2009. Il faudra poursuivre les éléments de confection d’un État de droit, en matière de justice, inclure des réformes dans les secteurs sociaux (éducation, santé, etc.) en passant par le développement du secteur privé ou même le lien territorial entre Gaza et la Cisjordanie qui peut être également un sujet de réflexion à moyen terme.

Maintenant la question de savoir si l’on fera une nouvelle conférence des donateurs est bien entendu liée aux demandes palestiniennes et au processus politique: on ne peut faire une conférence des donateurs en l’absence totale de progrès politiques, car il y a un lien entre tous ces éléments.

La Conférence de Paris en 2007 a été tenue après Annapolis, il y avait donc un peu d’espoir… Aujourd’hui le processus est en panne, faut-il craindre que cette aide ne soit pas renouvelée après l’échéance de Paris en l’absence d’avancées sur le terrain ?

Non, même s’il n’y a pas de conférence des donateurs dans l’immédiat, cela ne signifie absolument pas que l’aide s’arrêtera. En tout cas pour ce qui concerne mon pays, la France, nous n’avons pas l’intention d’arrêter notre aide. J’ajoute par ailleurs qu’une conférence des donateurs n’est pas seulement un exercice purement financier, c’est aussi un acte politique assez fort qui implique qu’on ait quand même quelques perspectives sans pour autant dire qu’il faut que le processus de paix soit  totalement achevé pour qu’il y ait une conférence des donateurs…

Mais un sentiment de découragement de la part des donateurs n’est pas à écarter…

Le risque de découragement est bien réel, et vous avez raison de dire que ça ne peut pas durer indéfiniment… Mais ce que nous disons pour le moment à nos opinions publiques est simple: ce qui a été réalisé en trois ans en Palestine est sans précédent, aide à construire l'État palestinien, et les efforts dans ce sens méritent d’être soutenus.

Propos recueillis par Bassirou BA

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