Palestine : une parole juive contre l’occupation… Cercle Juif pour une Paix juste (CJPJ)

Publié le par ag94

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Après plus d’un demi-siècle de guerre, quelles sont actuellement les perspectives pour une paix juste et durable au Proche-Orient ?

Depuis les accords d’Oslo, de « plan de paix » en « processus de paix » - du Quartet à Annapolis - toutes les tentatives de négociations ont échoué. Israël a poursuivi sans relâche la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est et le blocus de Gaza.

Pendant ce temps, le monde a changé. L’échec de la politique américaine depuis l’ère Bush junior, la crise mondiale du système capitaliste, l’évolution du rapport de force géopolitique (avec l’émergence de nouvelles puissances et de nouvelles alliances), les bourbiers irakien et afghan l’ont rendu plus dangereux encore. Le terrorisme et l’intégrisme, loin d’être vaincus, ont prospéré sur le terreau de l’arrogance des grandes puissances et du militarisme occidental.

La lutte de résistance - constante, tenace - du peuple palestinien lui a coûté des milliers de victimes, de prisonniers. Cependant, malgré des sacrifices inouïs en Cisjordanie occupée et morcelée et à Gaza assiégée et meurtrie, le peuple palestinien refuse de se laisser détruire. Toute femme, tout homme épris de justice ne peut qu’être à ses côtés.

Mais des crises gravissimes sont sans nul doute encore à venir. Et nous le voyons : le conflit au Proche-Orient représente un risque majeur d’embrasement de toute la région. D’où l’urgence à le résoudre.

La condition essentielle pour la paix est celle d’une justice pour le peuple palestinien basée sur des fondamentaux :

- respect du droit international, du droit humanitaire, des décisions de l’Assemblée générale de l’ONU ;

- arrêt de l’occupation israélienne en Cisjordanie ;

- levée du blocus de Gaza ;

- démantèlement des colonies et du mur dit « de séparation » ;

- instauration d’un Etat palestinien sur les lignes d’avant 1967, avec Jérusalem-est comme capitale, conformément au droit international ;

- juste solution négociée de la question des réfugiés palestiniens, sur la base du principe du droit au retour ;

- fin de l’impunité des responsables politiques et militaires israéliens coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Par son action d’information et de sensibilisation, le mouvement mondial de solidarité avec le peuple palestinien – dans lequel nous nous inscrivons – a contribué à une prise de conscience sur la situation réelle au Proche Orient et popularisé la cause palestinienne notamment auprès de la jeunesse et des opprimés du monde entier. Le massacre de Gaza par l’armée israélienne voici un an – médiatisé par les TV, dénoncé par les ONG et les instances internationales – a bouleversé le monde et provoqué une immense réprobation.

Un peu partout - aux Etats-Unis, en Europe - on observe des craquements. Même des milieux favorables à Israël prennent quelque distance. L’opinion publique s’oriente en faveur du droit des Palestiniens. Non seulement la campagne de « Boycott, Désinvestissement, Sanctions » (BDS) contre la colonisation israélienne des Territoires palestiniens se développe actuellement (suivant l’exemple du boycott contre l’Afrique du Sud pendant l’apartheid) mais elle remporte de premières victoires, notamment en matière de désinvestissements. Le rapport du juge Goldstone – adopté par le Conseil des droits de l’Homme et l’Assemblée générale des Nations unies – reflète cette évolution de la communauté internationale.

Cependant, les tensions qui perdurent et s’aggravent en Israël et dans les territoires palestiniens ont leurs prolongements dans nos sociétés. Les fondamentalismes religieux – tout comme le communautarisme - s’opposent à la paix en voulant celle-ci à leurs couleurs. L’instrumentalisation de la religion à des fins politiques - ou du nationalisme à des fins ethnocentristes – mènent et mèneront à la catastrophe.

Cependant, l’engagement pour la paix est lui aussi semé d’embûches :

- un certain nombre de militants axent leur combat contre le sionisme, perçu comme la cause de tous les malheurs du Proche-Orient quand ce n’est pas du monde. Nous ne partageons pas cette approche de la question israélo-palestinienne car nous considérons qu’elle débouche implicitement sur le refus de l’existence d’un Etat israélien aux côtés d’un Etat palestinien ;

- des courants d’extrême-droite ou intégristes cherchent à distiller une forme sournoise d’antisémitisme sous couvert d’antisionisme. Autant la critique du sionisme (comme de n’importe quelle autre idéologie) est légitime, autant la confusion soigneusement entretenue entre Israël et le judaïsme est inacceptable. Avec le camp du soutien au peuple palestinien, nous n’avons et n’aurons aucune complaisance pour ces groupes ni pour ceux qui font preuve d’indulgence envers eux ;

- il existe également une tendance à rejeter le peuple israélien dans son ensemble, à confondre les dirigeants (qui manipulent en jouant sur les peurs) et le peuple qui est ainsi aveuglé. Nous ne confondons pas l’occupant et l’occupé, l’oppresseur et l’opprimé mais nous refusons toute vision manichéenne condamnant en bloc la société israélienne. Cela d’autant plus qu’il existe en Israël des militants anticolonialistes qui luttent courageusement pour les droits du peuple palestinien.

Nous – qui voulons porter une parole juive universaliste – sommes sans exclusive aux côtés de ceux qui, en Israël et en Palestine, œuvrent pour une paix fondée sur l’égalité et le respect des peuples et pour qu’Israël soit, sans discrimination, l’Etat de tous ses citoyens.

Nous nous retrouvons pleinement dans le mouvement international des peuples pour une paix juste, afin de faire pression sur les dirigeants mondiaux et obtenir du gouvernement israélien les changements de politique qui s’imposent.

Dans ce mouvement, nous accordons une place particulière à l’opinion des Français juifs. La soumission du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) à la propagande de l’Etat israélien, son alliance avec des courants de la droite nostalgique du colonialisme, son positionnement communautariste et sa prétention à parler au nom de tous les Français juifs nous paraissent porteurs d’un grave danger d’isolement et de désespoir chez les Juifs. Si la résurgence d’actes antisémites – qui prennent parfois prétexte de la situation au Proche-Orient – s’inscrit dans la montée générale du racisme en France, elle est également amplifiée par la propagande du CRIF et des groupes inconditionnels d’Israël qui n’hésitent pas à taxer d’antisémitisme toute critique de la politique israélienne.

Des Juifs, depuis plus d’un siècle et notamment depuis la seconde Guerre mondiale, ont mis tous leurs espoirs dans le sionisme. Ils ont longtemps refusé d’en faire le bilan critique. L’enjeu actuel est de permettre d’aider l’opinion juive à dépasser son adhésion irréfléchie à la politique d’Israël et à jouer son rôle dans l’amorce d’une solution de paix juste et durable au Proche-Orient. C’est un travail ardu. Mais nous pensons qu’il est nécessaire que les Juifs entendent, de la part d’autres Juifs, un discours qui les aide à sortir de cette impasse, de la même façon qu’aux Etats-Unis les lobbies pro-israéliens se voient actuellement contestés par des mouvements juifs pour la Paix condamnant la politique d’Israël.

C’est dans cet esprit que nous proposons un espace de réflexion et de débats où – sur les bases que nous énonçons – des femmes et des hommes pourront se retrouver sans exclusive, dans une recherche d’avancée commune. Actuellement une trentaine nous sommes un groupe en devenir. Sur la base du présent Appel, tous les apports seront bienvenus.

 

La Paix a besoin de nous tous !

 

Cercle Juif pour une Paix juste (CJPJ)

 

Premières signatures :

 

Doucha Belgrave, Journaliste ; Michel Bilis, Directeur d’hôpital ; Hervé Bismuth, Enseignant-chercheur ; Renée Blancheton-Sciller, retraitée de l’enseignement ; Bernard Ebstein, ; Patrick Feldstein, Responsable Centre médico-social ; Georges Feterman, Professeur ; Serge Grossvak, Directeur de Centre social ; Christine Jedwab, Psychologue hospitalière ; Jacques Jedwab, Psychanalyste ; Danielle Kahn, Biochimiste ; Roger Kahn, Architecte ; Jacques Lewkowicz, Professeur des Universités ; Jean-François Marx, Cadre gestion retraité ; Jacques Schweizer, Physicien ; Maya Vigier, Lectrice-Rédactrice ; Max Weinstein, ancien résistant de l’Union de la jeunesse juive.

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