Occultation du peuple palestinien à partir du processus d’Oslo confirmé par le « projet de Genève »

Publié le par ag94

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Un des changements les plus importants amené par le processus d'Oslo a été la transformation de facto de l'Organisation de Libération de la Palestine (O.L.P), qui est passée d'un mouvement de libération de tout le peuple palestinien à un régime vassal appelé l'Autorité Palestinienne (AP), qui représente un tiers du peuple palestinien. Ce qui est assez insidieux dans ce processus, c'est de voir comment l'Autorité Palestinienne, toute en étant consciente de cette transformation, continue à parler du «peuple palestinien», entité réduite par les accords d'Oslo aux seuls Palestiniens de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza que l'AP représente aujourd'hui. Les Palestiniens de la diaspora, on les appelle des «réfugiés»  et les Palestiniens israéliens sont nommés des «Arabes israéliens». De ce fait l'envergure de la direction palestinienne et son statut de représentant de tout le peuple palestinien  ont été réduits substantiellement par  la désignation de «peuple palestinien» pour désigner qu'un simple tiers des Palestiniens.

 

 

Cela a eu un très grand effet délétère sur ceux des Palestiniens qui ont été exclus de la désignation de «peuple palestinien», étant donné que tous leurs griefs sont nuls et non avenus selon le document de Genève, vu que M. Rabbo a signé l'accord au nom de l'OLP (et non pas de l'AP) en déclarant représenter l'ensemble du peuple palestinien. En effet, le document de Genève est explicite sur ce sujet: «Aucune réclamation ne peut être introduite à l'exception de celles liées à la mise en application du présent accord». Cette réduction démographique du peuple palestinien a été effectuée grâce à une importante distorsion: alors que l'AP ne se bat plus pour les droits des Palestiniens de la diaspora ni pour ceux des Palestiniens israéliens, elle peut, en reprenant temporairement son ancien statut d'OLP, compromettre et faire disparaître tous leurs droits afin d'obtenir certains droits pour la portion de Palestiniens qu'elle déclare être maintenant le «peuple palestinien». Ainsi, afin d'obtenir une certaine mesure d'indépendance vis-à-vis de l'occupation israélienne pour les Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza, l'AP reconnaît à Israël le droit d'être un État juif - ayant le droit de discriminer les Palestiniens israéliens - et elle abandonne les droits internationalement reconnus des Palestiniens de la diaspora de revenir et d'obtenir une compensation. Cela a été longtemps la logique d'Oslo et cela régit aussi le document de Genève. Il est donc important de faire remarquer que le document de Genève a été signé par des Palestiniens qui n'ont pas été élus par les Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza, et encore moins par tout le peuple palestinien dont les droits ont été cédés.

 

 

Un processus parallèle s'est déroulé du côté israélien. Alors qu'Israël n'a pas de légitimité et n'est reconnu par aucun organisme international en tant que «représentant» du peuple juif dans le monde, mais plutôt comme un État du peuple israélien qui en constitue les citoyens, L’OLP et l'AP, au contraire de l'opinion mondiale (y compris celle des Nations unies et des États-Unis), ont reconnu la juridiction d'Israël sur le monde juif. Ce ne sont donc pas les droits du peuple israélien qui sont reconnus dans le document de Genève, mais plutôt ceux du «peuple juif» tout court.

 

 

 Dans le document de Genève, les signataires affirment que «cet accord marque la reconnaissance au droit du peuple juif à avoir un État». Alors que le statut internationalement reconnu de l'OLP comme représentant du peuple palestinien a été réduit d'un tiers depuis Oslo et plus récemment par les Accords de Genève, le statut représentatif du gouvernement israélien a triplé quand l'AP et ses «représentants»  ont reconnu les revendications d'Israël sur le monde juif comme étant légitimes, elles ont donc entériné le « Droit au Retour » de tout Juif en Terre Sainte et renoncé au droit au retour des réfugiés palestiniens tel qu’il est stipulé par la résolution 194 de l’ONU. Ainsi, ce qui a été rendu possible par cette formule de «paix», c'est la réduction du peuple palestinien et la multiplication  éventuelle des juifs israéliens conformément au projet sioniste.

 

 

Dans cet esprit, le document de Genève parle de comment «après des années de vie dans un climat de peur mutuelle et d'insécurité, les deux peuples doivent entamer une ère de paix, de sécurité et de stabilité et prendre toutes les actions nécessaires à la garantie de la concrétisation de cette ère». Les deux «peuples» dont on parle ne sont pas les juifs israéliens et le peuple palestinien, mais plutôt le monde juif et les Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza! Cela voudrait-il dire que le peuple palestinien dans son intégralité ne se bat pas contre un mouvement colonial sur ses terres, mais que ce sont plutôt les Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza qui se battent contre le peuple juif dans le monde? N'est-ce pas ce que le sionisme a toujours déclaré afin de justifier sa politique coloniale et de se décrire comme victime de l'antisémitisme?

 

 

Depuis quand le peuple palestinien a-t-il choisi le monde juif comme ennemi? N'est-ce pas le sionisme et Israël qui ont toujours insisté pour dire que c'est le «peuple juif» qui a revendiqué le droit de coloniser la Palestine et son peuple, alors que l'OLP a toujours rejeté la revendication d'Israël de parler au nom de tous les juifs? L'OLP, l'intelligentsia palestinienne et les groupes révolutionnaires palestiniens n'ont-ils pas toujours affirmé leur inimitié au sionisme et non au peuple juif? Ce n'est qu'en acceptant les revendications du sionisme disant qu'Israël représente le peuple juif que la lutte anti-coloniale palestinienne est venue s'identifier, au travers de Yasser Abed Rabbo à une guerre contre «le peuple juif». Contrairement à Abed Rabbo, la plupart des Palestiniens ont toujours compris que les tentatives persistantes  d’Israël de déclarer qu’il représente tous les juifs, et que toute critique ou attaque du sionisme est antisémite puisque Israël est le peuple juif, ne sont qu’une façon  de tout confondre pour mieux  évacuer les  vrais problèmes bien concrets, qui sont ceux de tous les palestiniens spoliés de leurs terres.

 

 

De telles revendications israéliennes qui font du monde juif un groupe cohérent avec un programme international à la «Protocole de Sages de Sion» produiraient un fameux tollé si leurs auteurs n'étaient pas le sionisme et l'État d'Israël. En effet, la revendication avancée par Israël et ses apologistes, déclarant que toute critique d'Israël est «antisémite», est la revendication la plus antisémite de toutes, qui fait que tous les juifs du monde sont représentés par cet unique État et qui déclare qu'ils approuvent ses atrocités et ses crimes contre l'humanité. Que l'AP et M. Abed Rabbo aient accepté cette «logique de paix», comme ils l'appellent dans leur document, montre à quel point Israël a réussi à transmettre sa version de l'antisémitisme à la direction palestinienne corrompue.

 

 

Tous comme les deux tiers des Palestiniens qui ont été éliminés par le processus d'Oslo, les Palestiniens israéliens, pour leur part, ont bien compris la logique d'Oslo et se battent contre le racisme israélien indépendamment de l'OLP et de l'AP sans compromettre les droits du reste du peuple palestinien. Les Palestiniens de la diaspora, pour la plupart dépourvus de dirigeants, continuent à lutter pour l'application de leurs droits reconnus internationalement au retour et à des compensations, et cela sans compromettre non plus les droits des autres Palestiniens.

 

 

 Seule la direction corrompue de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza veut parler au nom de tous les Palestiniens, afin de se débarrasser de la plupart d'entre eux et tirer des bénéfices, s'il y en a, pour quelques uns. Cela ne signifie pas que les Palestiniens de Cisjordanie et de la Bande de Gaza ne peuvent pas chercher des accords avec l'occupant israélien afin d'obtenir l'indépendance, mais cela signifie qu'ils ne peuvent pas le faire en compromettant les droits des Palestiniens de la diaspora et d'Israël au nom desquels ils ne peuvent pas parler. Ils peuvent compromettre leurs propres droits, si tel est leur choix, comme d'accepter des limites sur la future souveraineté de leur mini État à venir, par exemple, mais pas sur le droit au retour ni sur les droits des Palestiniens israéliens de lutter contre le racisme d'État israélien.

 

 

 En fait, la plupart des Palestiniens ont rejeté le document de Genève sur cette base, que ce soit par des manifestations ou des déclarations publiques, et lors d'un récent sondage d'opinion, ce qui prouve un fois encore que la direction de l'AP, qui dit les représenter, ne les représente pas du tout.

 

 

Ce qui est central dans cette politique de représentation est que ni le monde juif ni la diaspora palestinienne ni les Palestiniens israéliens n'ont élu ni Israël ni l'AP pour les représenter. Ces deux-là continuent néanmoins à se battre respectivement pour les soi-disant «droits» du monde juif, ou à abandonner les droits du peuple palestinien. Ce processus est celui dans lequel l'État israélien veut unifier le monde juif sous son drapeau envers et contre toutes les normes internationales, alors que l'AP veut éliminer les deux tiers du peuple palestinien de son mandat reconnu internationalement en abandonnant leurs droits et en ne gardant qu'un tiers des Palestiniens en tant que «peuple palestinien».

 

 

 

 

 

Le déni historique du peuple palestinien par le sionisme a finalement été adopté par l'Autorité Palestinienne et son clan de fonctionnaires, ministres, officiers de sécurité et, également, par les membres du Conseil Législatif (dont la moitié a déjà servi en tant que ministres de l'Autorité Palestinienne corrompue et l'autre moitié, à quelques exceptions prêts, aspire à le devenir dans le futur). Golda Meir a soutenu en 1969 que «ce n'était pas comme s'il y avait eu un peuple en Palestine qui se considérait comme le peuple palestinien, et que nous étions venus, les avions jetés et leur avions pris leur pays. Ils n'existaient pas». Le peuple palestinien a combattu le déni sioniste de son existence depuis Herzl jusqu'à Meir et au-delà. Mais l'Autorité Palestinienne et son envoyé «non officiel» Yasser Abed Rabbo (dont le nom, soit dit en passant, signifie «Yasser, adorateur de son Dieu», mais que l'on surnomme dans les cercles populaires palestiniens «Yasser Abed Yasser», c'est-à-dire «Yasser adorateur de Yasser») ont totalement endossé le point de vue sioniste en excluant deux tiers des Palestiniens de la désignation de «peuple palestinien». Suite à cette formule, tous les Palestiniens israéliens expulsés et tous ceux qui restent et vivent en Israël sous le système racial israélien de «démocratie seulement pour les juifs» ne sont, dans la ligne du mensonge raciste de Golda Meir, pas considérés du tout comme des Palestiniens.

 

 

Le fait qu'une direction corrompue et dictatoriale palestinienne vise à éliminer deux tiers du peuple palestinien est symptomatique de l'agression sioniste continue que le processus d'Oslo a légitimée en culminant à Genève. Personne n'aurait dû être dupé, et Nelson Mandela moins que quiconque, par les chants pour la «paix» annonçant le triomphe de la dernière colonie non repentante du monde. Abed Rabbo et ses collègues auraient pu accepter la victoire sioniste, mais le peuple palestinien ne les suivra pas. Les Palestiniens résistent et continueront de résister à toutes les tentatives pour liquider leur existence nationale et leurs vies au nom de solutions «pacifiques». M. Abed Rabbo et ses collègues de l'AP peuvent faire ce qu'ils veulent, que ce soit avec Ariel Sharon ou avec Yossi Beilin. On ne peut pas légiférer sur le destin du peuple palestinien, ou faire disparaître ce peuple d'un simple trait de plume.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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