Négocier en colonisant : le mauvais choix d’Israël par Pierre Haski

Publié le par ag94

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Benyamin Netanyahou, le premier ministre israélien, voudrait le beurre et l’argent du beurre ou, dans son cas, la reprise de la colonisation ET les négociations. Il n’est pas impossible qu’il obtienne gain de cause. Mais ce qu’il n’aura pas en même temps, c’est la paix.

Une partie d’Israël était en fête, dimanche soir, pour célébrer la fin du moratoire imposé à toute nouvelle construction en Cisjordanie occupée. Il y avait dans les reportages effectués auprès des colons et de leurs partisans, lors de la reprise symbolique des constructions dans les colonies juives, une ambiance de kermesse indécente au-dessus du volcan, de défi au reste du monde qui désapprouve mais ne fait rien [1].

Pour ces Israéliens, le titre de propriété de ces terres est de droit divin, et a donc une légitimité supérieure à ces résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies qui sont simplement l’émanation des hommes. Ils le disent sérieusement et, pour les avoir rencontrés, ils le croient vraiment.

On attendrait d’un gouvernement d’un pays démocratique qu’il attache, pour sa part, plus d’importance aux résolutions de l’ONU qu’à la parole attribuée à Dieu… Pas en Israël (ni dans les autres pays où une part de théocratie entre en ligne de compte dans la manière dont ils sont gouvernés, comme… l’Iran) où, cyniquement ou pragmatiquement, les « fous de Dieu », pas si fous que ça, en fait, ont toujours réussi à tenir les partis laïques en otage.

Le dilemme de Mahmoud Abbas

Cette situation place une fois de plus les Palestiniens devant une situation inextricable. Mahmoud Abbas, le pathétique président de l’Autorité palestinienne, a accepté sous pression de reprendre les négociations avec Israël sous l’égide américaine, sans avoir obtenu d’assurance que le moratoire israélien sur la colonisation serait prolongé.

Il est aujourd’hui sous pression d’accepter de poursuivre ces négociations malgré tout, laissant les mains libres aux Israéliens de continuer un processus qui menace l’idée même d’un Etat palestinien auquel tout le monde, en paroles, apporte désormais sa caution.

Qu’il accepte, et il continuera sa descente aux enfers aux yeux des Palestiniens et ouvre un boulevard à ses rivaux islamistes du Hamas ; qu’il refuse et il se retrouve sans stratégie de substitution, déplaisant à ses parrains américains et européens qui assurent le financement de son administration.

La position du premier ministre israélien est indéfendable : s’il n’est pas capable aujourd’hui d’imposer un simple moratoire à l’aile la plus extrémiste de sa coalition gouvernementale et de l’opinion israélienne, qui peut croire qu’en cas d’accord avec les Palestiniens aux négociations de Washington, il sera capable d’évacuer les colons par la force, comme avait dû le faire Ariel Sharon pour évacuer ceux de Gaza [2] ?

La démission d’Obama

La véritable interrogation ne devrait pas être celle de Mahmoud Abbas, mais celle de Barack Obama. S’il était cohérent, c’est sur Benyamin Netanyahou que devrait s’exercer sa pression pour qu’il prolonge son moratoire le temps que dureront les négociations. Mais, affaibli à l’intérieur et à quelques semaines des élections de mi-mandat, il ne le fera pas.

C’est pourtant entre les mains du président des Etats-Unis que reposent aujourd’hui les très maigres chances de ne pas voir dérailler l’énième processus de paix.

L’alternative à la passivité ou à l’échec, on la connaît. A ceux qui estiment que la Cisjordanie leur appartient parce que Dieu l’a dit, répondra la violence de ceux qui, de l’autre côté, pensent que Dieu leur a donné pour mission de chasser les colons. C’est le prix de la lâcheté diplomatique.

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