Michel Warschawski : "Je m'oppose à la constitution d'Israël comme État juif !" par François Aubert | dijOnscOpe

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Mardi 18 janvier 2011, d'après notre confrère Le Monde, un jeune Palestinien de 17 ans a été tué et trois autres blessés par des tirs israéliens dans la bande de Gaza... La veille, à l'invitation de l'Union juive française pour la paix (UJFP) Michel Warschawski, journaliste et célèbre militant pacifiste israélien, était de passage à Dijon dans le cadre d'une conférence-débat sur la situation politique en Israël. Devant une assemblée de plus de 250 personnes, il a rappelé avec virulence son "opposition à la colonisation pratiquée par l'État hébreu" et a également défendu la campagne de boycott des produits israéliens. Son but ? Faire pression sur le gouvernement de Tel-Aviv et l'obliger à négocier une paix durable avec les Palestiniens...

Le conflit israélo-palestinien tabou en France ?...

Près de 250 personnes avaient fait le déplacement pour écouter Michel Warschawski, salle Devosge à Dijon, invité à l'appel de l'Union juive française pour la paix (UJFP), avec le soutien d'associations et partis politiques de gauche et d'extrême-gauche. Le mot "Tunisie" avait beau revenir dans toutes les conversations ou presque avant le début de la conférence, c'était bien de la situation en Israël et en Palestine dont il était question. "Ce soir, il ne s'agit pas d'une rencontre habituelle", a expliqué le militant pacifiste israélien.

En effet, quelques jours auparavant, une conférence de Stéphane Hessel sur la paix au Proche Orient, initialement prévue mardi 18 janvier à 18h à l'Ecole normale supérieure de Paris, avait été annulée par la direction de l'école, qui avait invoqué des raisons de sécurité (En savoir plus sur LeMonde.fr ici ou Libération.fr ). L'annulation de cette réunion - à laquelle devait notamment participer Michel Warschawski - avait provoqué la colère et l'indignation de Stéphane Hessel, par ailleurs très critique dans son dernier ouvrage, Indignez-vous, sur la politique menée par Israël (En savoir plus sur LExpress.fr ici)...

Le boycott : "La meilleure chose arrivée à Israël depuis longtemps"

Après avoir défendu les prises de positions de Stéphane Hessel et dénoncé l'attitude du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) dans ce dossier, le conférencier a évoqué la question très controversée de la campagne "Boycott, désinvestissement et sanctions" (BDS)."Nous avons le droit, voire le devoir, de boycotter un État qui ne respecte pas le droit international !" a affirmé le conférencier (En savoir plus avec MédiaPart.fr ici). Orchestrée depuis 2005 par des militants de la cause palestinienne, cette campagne entend notamment faire pression sur le gouvernement israélien pour l'amener à infléchir ses positions sur le dossier de la "question palestinienne", en suspens depuis 1947 (En savoir plus ici).

Michel Warschawski va plus loin : "Cette campagne BDS est la meilleure chose qui soit arrivée au pays depuis longtemps car on ne se contente plus de dénoncer des crimes : on passe à l'offensive !" , affirme celui qui revendique par ailleurs sa culture juive et sa nationalité israélienne. "L'objectif n'est pas économique ; il est en fait de faire passer un message à la société israélienne et lui dire : "Si votre État ne respecte pas le droit, il doit être traité comme tel !" Attention, la campagne BDS n'a rien à voir avec de l'antisémitisme !", précise  Michel Warschawski (Lire notre article sur la campagne BDS à Dijon ici).

Durcissement constaté de la société israélienne

Par le passé, d'autres régimes comme la Grèce des Généraux, l'Espagne de Franco et l'Afrique du Sud de l'Apartheid ont aussi subi des boycotts à des fins politiques. Quant à parler d'une "fascisation" de la société israélienne dénoncée ça et là par des groupes de soutien à la communauté palestinienne, Michel Warschawski plaide en faveur d'une grande prudence : "Bien sûr se pose la question de la définition du terme "fasciste" mais n'oublions pas que celui-ci est lié à une période très sombre de l'histoire européenne ! [ndlr : celle des années 1930]".

"Mais concernant les exigences d'allégeance à l'État d'Israël demandées pour des regroupements familiaux, je trouve que ça sent mauvais ! Le risque est qu'après, ça ne s'arrête plus...". Plus largement, le militant pacifiste dénonce une atmosphère qui empire au sein de la société israélienne. "Le climat a changé ! Au parlement, par exemple, il était de bon ton pour les députés juifs de tout bord de s'afficher avec les députés arabes israéliens ; ce n'est plus le cas aujourd'hui". Dans la même veine, Michel Warschawski estime encore que les ratonnades - violences exercées contre une minorité ethnique ou un groupe social - sont plus courantes qu'auparavant et que les appels à ne pas louer d'appartements aux Arabes sont de plus en plus nombreux.

Peur et culpabilité d'Israël vis-à-vis des réfugiés palestiniens

"Je m'oppose à la constitution d'Israël comme État juif ! Il faut mettre fin à cette discrimination structurelle qui implique que les Palestiniens disposent de l'égalité des droits civiques mais subissent une absence totale des droits fondamentaux". Lors de la séance des questions-réponses, Michel Warschawski a pu préciser sa position sur un sujet crucial : celui du retour des réfugiés palestiniens chassés par la première guerre israélo-arabe en 1948, lors de la fondation de l'État d'Israël.

"Ce droit au retour me paraît imprescriptible ! Aujourd'hui, le problème numéro un de la société israélienne est sa peur du réfugié, qui se mêle à une certaine culpabilité vis-à-vis de celui-ci. L'inconscient collectif reste travaillé par les fantômes de 1948... ". Aujourd'hui, alors que les négociations de paix israélo-palestiniennes sont au point mort, le conférencier se veut prudent et rappelle qu'il "ne faut pas croire que la situation est irréversible : nul ne sait comment sera Israël dans dix ans !".

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