Liban Nasrallah : Les hommes d’État ne jettent pas de l’huile sur le feu...

Publié le par ag94

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Sur fond de négociations israélo-palestiniennes à Washington, le secrétaire général du Hezbollah a prononcé un discours à l'occasion de la Journée « al-Qods » devant un parterre populaire et politique nombreux, dont l'ancien député Adnane Traboulsi, représentant les Ahbache, et sous une banderole géante portant la mention : « La liberté est une promesse diviné ».

« Journée al-Qods » oblige, Hassan Nasrallah a consacré une grande partie de son discours aux négociations de paix actuellement en cours entre l'Autorité palestinienne et les Israéliens, sous l'égide de Washington, pour décréter en gros qu'elles sont mort-nées, « puisqu'elles sont rejetées par la majorité du peuple palestinien et par la plupart des formations palestiniennes ». Il a aussi évoqué le retrait américain d'Irak, le comparant à une défaite bien plus qu'à un départ victorieux, avant de revenir à la situation libanaise, plus précisément aux incidents de Bourj Abi Haïdar, à l'équipement de l'armée, au TSL et, pour finir, en évoquant les droits civils accordés aux Palestiniens.
Hassan Nasrallah a commencé son discours en expliquant la signification de la « journée de Jérusalem », décrétée par l'ayatollah Khomeyni et fixée au dernier vendredi du mois de ramadan, pour préciser qu'elle consiste à rappeler l'existence de cette cause à l'opinion publique et à la conscience internationales. Il a ajouté que Jérusalem « est toujours présente dans notre passé et notre avenir, fait partie de notre culture et de notre civilisation et toutes les menaces du monde n'y changeront rien ». Selon lui, nul n'a le droit de brader une parcelle du territoire de la Palestine, « qui va de la mer au fleuve ». Il a encore déclaré que cette année, cette journée est célébrée alors que deux événements importants sont en train de se dérouler dans la région : « Ce qu'on appelle les négociations de paix israélo-palestiniennes et le retrait américain d'Irak. »


Concernant les négociations, le secrétaire général du Hezbollah a estimé qu'elles constituaient « un besoin pour l'administration américaine et pour Israël, ainsi que pour certaines parties officielles arabes ». Mais, selon lui, elles ne bénéficient certainement pas au peuple palestinien et à ses droits. Ces négociations visent à ses yeux à donner de la légitimité à l'entité sioniste qui, selon lui, n'en a aucune.
Évoquant ensuite le retrait des troupes américaines d'Irak, Hassan Nasrallah a estimé qu'il se produit à cause « des hauts faits de la résistance irakienne, qui n'ont rien à voir avec les attaques-suicide contre le peuple irakien, les mosquées et les églises et les institutions irakiennes, lesquelles sont totalement condamnables ». Rappelant que les troupes américaines étaient venues en Irak pour y rester, il a estimé que la résistance militaire a contribué à pousser les soldats américains vers le départ, ainsi que la patience et la solidité du peuple irakien qui a, par ses convictions et ses sacrifices « déjoué tous les complots visant à l'effriter et à l'occuper par des combats ethniques et confessionnels, dans lesquels il a vu les mains des services israéliens et américains ». Il a rappelé que les Israéliens ne veulent pas d'un Irak uni, fort et engagé dans les causes arabes.
Le leader chiite a précisé qu'après le 11 septembre 2001, les néoconservateurs américains sont venus dans la région avec des moyens jusque-là inégalés pour réaliser un projet qui a été appelé par la suite le « Nouveau Moyen-Orient ». « Il consistait à consolider l'entité sioniste par le biais d'un compromis qui liquide la cause palestinienne et la résistance au Liban pour que ce pays intègre l'axe américano-israélien. Tout comme il s'agissait de renverser les régimes irakien et syrien et d'isoler l'Iran avant de renverser le régime islamique ». Ce projet a, selon lui, échoué, mais le conflit se poursuit sur d'autres scènes. Il a affirmé que les Américains ne peuvent pas mener de nouvelles guerres, à cause de leurs propres difficultés. « Mais nous sommes appelés à continuer à résister, a-t-il ajouté, et à appuyer la résistance palestinienne. »
Le secrétaire général du Hezbollah est revenu ensuite sur la fameuse équation armée-population-résistance, pour en développer chacun des trois éléments.
Il a commencé par la résistance, en rendant hommage à l'imam Moussa Sadr qualifié de « père de la résistance ». Il a ensuite demandé qu'il soit libéré par les autorités libyennes, avec ses deux compagnons, refusant tout compromis portant sur des sommes astronomiques sur cette question.
Au sujet de l'enquête internationale sur l'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, Hassan Nasrallah a rappelé que « la résistance considère qu'elle est visée par l'enquête ». Il a précisé qu'il a présenté des présomptions et des indices et que le procureur Bellemare, qui selon lui, parle désormais aux médias, a estimé qu'ils sont insuffisants. Il a répété qu'il n'est pas concerné par les demandes de M. Bellemare, mais que si la justice libanaise a besoin d'un surplus d'éléments pour mener son enquête (« et c'est là son devoir », a-t-il souligné), il est prêt à coopérer. Par contre, si le rôle de cette dernière se limite à celui de facteur, « nous ne serions pas non plus concernés », a précisé Hassan Nasrallah, qui a toutefois ajouté : « L'intérêt de Bellemare - ou son désintérêt - envers les indices et les présomptions présentés seront pris en compte dans toute évaluation de son action. »
Au sujet de l'armée, le secrétaire général du Hezbollah a réitéré sa proposition au gouvernement de former des délégations qui solliciteraient l'aide des pays arabes et de l'Iran. Il a tourné en dérision la volonté de certains de poser des conditions à l'Iran pour accepter ses armes, notamment le fait d'arrêter son aide à la résistance, « alors que les États-Unis multiplient les conditions posées au Liban ». Il s'est aussi demandé comment les armes pourraient être financées par le budget, à moins qu'il ne s'agisse d'imposer de nouvelles taxes alors que les conditions sociales des citoyens sont déjà très pénibles...
Sous le titre de la population, Nasrallah a abordé les incidents de Bourj Abi Haïdar, précisant qu'il s'agissait d'un incident isolé et malheureux, qui a mal évolué parce qu'il a été exploité et amplifié par les médias et certaines politiques. Selon lui, ceux qui ont affirmé qu'il s'agissait d'un conflit syro-iranien sont « des gens déprimés qui ont perdu leur pari sur le grand projet et qui ne savent plus quoi inventer pour se consoler ». Il a assuré que les relations syro-iraniennes n'ont jamais été aussi bonnes et solides, « car ce sont elles qui ont permis de mettre en échec le projet américain dans la région, alors que depuis la formation du Hezbollah, ses relations n'ont jamais été aussi bonnes qu'aujourd'hui avec les autorités syriennes ».
Il a ensuite comparé l'amplification de l'incident dans les médias et son exploitation politique au scénario qui a prévalu au Liban après l'assassinat de Rafic Hariri, à plus petite échelle toutefois. Il a rappelé que le Hezbollah s'est tu au cours des premiers jours car il était blessé, mais en face, au lieu de chercher à éteindre le feu, « ils y ont jeté de l'huile, de l'essence et du mazout. Ils en ont fait une exploitation confessionnelle qui ne servait pas l'unité, a-t-il déclaré. Nous n'en voulons pas à certains d'entre eux, mais à d'autres si. Ceux-là ont enfoncé le couteau dans la plaie. Ni les hommes d'État ni même les hommes politiques se comportent ainsi ».
Hassan Nasrallah a encore critiqué la méthodologie suivie pour le traitement des problèmes libanais, puisque chaque incident devient l'occasion d'ouvrir un grand dossier qui ne peut être réglé, comme celui des armes qui, selon lui, ne concerne pas seulement le Hezbollah, mais tous les Libanais. À ses yeux, ni les incidents de Bourj Abi Haïdar ni les problèmes de l'électricité et de l'eau ne peuvent être traités de cette façon. Tout en appelant à l'apaisement et au calme, il a enfin souhaité l'adoption d'une « méthodologie rationnelle qui permettrait au conducteur de contrôler le volant, non de se laisser mener par lui.

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