Lettre publique à un juge Alain Girard

Publié le par ag94

nicothan.jpg

 

Alain Girard

29, avenue du Président Salvador Allende

94460 Valenton

 

 

Monsieur le Juge

ici et là

 

 

Valenton,

le 05/10/2010

 

 

Monsieur le juge,

 

Comme vous le signifient nombre de citoyens de notre pays et je suis à leur égal, je suis de ceux qui boycottent les produits israéliens fabriqués dans les territoires palestiniens occupés.

 

Comme nombre de mes contemporains j'ai contemplé devant mon écran de télévision ces obus au phosphore blanc, interdits d'ailleurs, j'ai contemplé ces images d'enfants mutilés, de corps méconnaissables, de souffrances que nulle conscience humaine ne saurait accepter sans gémir à son tour et j'ai retrouvé ma jeunesse avec celles, en noir et blanc, de Sabra et Chatila, là également ces corps répandus dans les ruelles étroites, ces mares noires de sang séché. L' Humanité Bafouée.

 

Je me suis longuement posé la question que se pose chacune et chacun, en boycottant, oui c'est à cela que je veux en venir, donc en refusant de consommer tout produit issu d'une occupation illégale n'allais-je pas ainsi priver un ouvrier, une ou des familles palestiniennes de toutes ressources. Voyez-vous ceci est bien la seule question qui méritait réflexion, considération, allais-je aggraver la vie de tout un peuple privé de ses terres, ses oliviers, ses champs, ses maisons.

 

Puis, là aussi, les souvenirs sont réapparus, ceux du boycott de l'apartheid, de son efficacité, des représentants légitimes de ce peuple qui nous affirmaient: « boycottez, boycottez, nous en souffrons mais eux (les racistes) plus que nous » et ainsi sur mon téléviseur, cette fois encore,je pus voir cet homme noir aux tempes blanchies brandir le poing,le sourire de la vérité triomphante aux lèvres, j' y étais un peu pour quelque chose, j'avais enfin saisi ce que signifiaient ces mots de liberté, d' Egalité, de Fraternité, dès lors ils ne m'ont plus quitté.

 

Les mots ont un sens pourtant Madame la Ministre et moi-même et tant d'autres n'y accordons pas la même portée, un contenu identique.

 

Ces trois mots sont pour mon insignifiante personne ceux que l'école de la République a eu pour charge de m'enseigner, charge pour moi de les assimiler, de les digérer, de les faire vivre.

 

J'en reviens à cet hiver très froid où dans ma petite ville de Valenton nous étions près de 150, toutes couleurs, croyances et origines mêlées à nous retrouver pour que cesse le déluge de feu sur les civils de Gaza, près de 150 à ne pas pouvoir comprendre comment et pourquoi un état en arrivait à une telle cruauté, pourquoi le mot de colon s'associe t'il toujours à celui de barbare, pourquoi cette nécessité d'anéantir par la guerre LE peuple d'une terre qui n'en avait pas.

 

Donc Monsieur le juge, je boycotte et je demande à mon entourage d'en faire autant, j'épluche les étiquettes afin de débusquer les fraudeurs, ces entreprises qui trichent sur les origines des produits, les étiquettes n'ont pas la couleur du sang des palestiniens qui chaque semaine manifestent pacifiquement à Bil'in et qui coule à flot sous les tirs des hommes de Tsahal, elles sont joliment faites et dissimulent bien leurs tragiques réalités.

 

Monsieur le juge, voyez-vous mais non vous ne le pouvez aussi permettez moi de vous narrer cette scène.

Nous sommes en novembre 2008, ma belle-fille Léa, oui, Léa, me tend mon petit-fils qui vient d'écarquiller les yeux, il est magnifique, il à l'odeur de l'à venir, ses yeux sont d'un bleu merveilleux, il est blond, une grande mèche blonde me rappelle son papa, mon petit-fils est blond aux yeux bleus, il est dans mes bras, emmitouflé dans un keffieh palestinien, Léa y tenait absolument au nom de son amour de la Paix, de notre amour réciproque pour la Paix.

 

Monsieur le juge je suis père et grand-père et voyez-vous, non vous ne voyez pas alors je vous livre ce qui me traverse , me transperce.

 

Comment pourrais-je trahir à la fois la Liberté, l' Egalité, la Fraternité, les lois en vigueur, ma conscience humaine, comment pourrais-je renier ce qui me fait à la fois homme et citoyen, la recherche de la justice, de la vérité, de l'équité.

 

LORSQUE JE BOYCOTTE je ne suis pas seulement dans mon droit le plus légitime, je suis dans mon devoir le plus impératif, je suis en paix avec moi-même et c'est déjà beaucoup, je fais peu mais je fais tout ce que je peux pour que mes frères en Palestine cueillent leurs olives, boivent le thé, se lèvent pour aller au champ, à l'usine, jouent aux dominos, pour que les enfants courent partout sans sauter sur une bombe à fragmentation, pour qu'ils n'aient plus à parler de la Palestine, puisque la Palestine serait et qu'ils puissent enfin, oui enfin, se regarder dans les yeux de femmes et d'hommes heureux.

 

Aussi Monsieur le juge voyez-vous, non vous ne le pouvez et c'est donc à cette fin que je vous convie, ensemble, les tables de la Loi pour ce qui vous concerne, ma loupe en ce qui me revient, rendons-nous au supermarché du coin, de n'importe quel coin et démontrez moi lorsque je vous présenterai ces produits sous l'effet de cette loupe que je suis un délinquant, un raciste, un antisémite et non pas un citoyen qui vous révèle une escroquerie, une tricherie qui par ailleurs vaut son pesant de remises de taxes.

 

Et voyez-vous Monsieur le juge, si, comme je le pressens vous ne m'accompagnez pas chez LEC.... ou DAR.. ou CAR...... j'ai le sentiment que cela pourrait bien m 'amener à comparaitre devant vos pairs en juste application des ordres de votre employeur, pardonnez-moi ce dérapage, votre Ministre.

 

 

Voyez-vous Monsieur le juge , non, vraiment pas !? Alors je termine ici mon histoire, mon petit-fils se prénomme Ethan, fils, petit fils et sans doute de plus loin encore de juifs, de femmes et d'hommes que rien ne distingue de nous hormis ces générations englouties dans la nuit et le brouillard, la nuit de l'Holocauste.

 

Il connaitra l'histoire de la Shoah, celle de Sabra et Chatila, il sera, je l'espère un homme de Paix et de partage, de justice et c'est mon voeu le plus cher et c'est bien pour cela que je boycotte Monsieur le juge, pour que cet enfant sache qu'il existe un chemin pour être un homme de Paix , de partage, de justice et que ce chemin passera sans doute par votre tribunal et que je l'assume parce que voyez-vous Monsieur le juge, et là vous me comprendrez j'en ai la certitude, quitte à être condamné je préfère que cela soit de votre fait que de celui d'Ethan, mon petit-fils.

 

Je vous demande donc Monsieur le juge de bien vouloir considérer cet écrit comme un témoignage, un aveu, ce qui vous sied à vous, à Madame la Ministre mais je vous l'affirme : je boycotte et fais boycotter tout ce qui est issu des Territoires occupés illégalement et en violation des résolutions de l'ONU.

 

Je suis pleinement solidaire de toutes celles et ceux qui dans le monde, sur cette terre répondent à l'appel de leurs frères en humanité, les palestiniens et je n'ai que le sentiment d'accomplir mon devoir de citoyen français, de grand-père, de père, d'homme.

 

Je me tiens à votre disposition.

 

 

 

Alain GIRARD

 

 

 

Président de

l'Association Valenton

Palestine Solidarité

 

 

 

Commenter cet article