Les pays arabes ont réduit leur aide à l'Autorité palestinienne L'Express

Publié le par ag94

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Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas.

L'aide des Etats arabes à l'Autorité palestinienne (AP) en 2010 est jusqu'ici très inférieure à celle des années précédentes, selon des chiffres de l'AP obtenus par Reuters, et l'Onu craint une crise de liquidités propre à compliquer la tâche de Mahmoud Abbas.

 L'aide des Etats arabes à l'Autorité palestinienne en 2010 est jusqu'ici très inférieure à celle des années précédentes et l'Onu craint une crise de liquidités propre à compliquer la tâche de Mahmoud Abbas. (Reuters/Mohamad Torokman)

 

"Les Arabes ne jouent pas le jeu. Nous les exhortons à tenir leurs engagements financiers", déclare Saleh Rafat, membre du comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) qui est l'un des rares responsables palestiniens à s'exprimer sur cette question.

Des représentants de gouvernements arabes contactés par Reuters se sont refusés à tout commentaire à ce sujet.

Le fait que des Etats arabes prospères n'effectuent pas les versements prévus contrarie les gouvernements occidentaux, qui fournissent une assistance importante aux territoires palestiniens, et constitue un casse-tête budgétaire pour les autorités de Cisjordanie.

Certains dirigeants palestiniens jugent possible que les pays arabes suspendent les versements pour tenter d'amener à se réconcilier le Fatah, qui administre la Cisjordanie, et les islamistes du Hamas, qui contrôlent la bande de Gaza.

D'après les données du ministère des Finances dont Reuters a pris connaissance, l'AP a reçu 583,5 millions de dollars de contributions budgétaires cette année. Seuls 22% de ce montant proviennent de donateurs arabes, le reste émanant de donateurs internationaux comme l'UE et les Etats-Unis.

Ces trois dernières années, le montant maximal versé par les Etats arabes en un an a atteint 525,9 millions de dollars en 2008, montrent les statistiques. L'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis (EAU) sont les principaux contributeurs arabes depuis 2007. Mais en 2010, tous deux sont restés très en deçà de leurs apports des années précédentes.

L'ONU PRÉVOIT UNE CRISE DE LIQUIDITÉS

Cette année, l'Arabie saoudite avait déboursé 30,6 millions de dollars jusqu'en août, contre 241,1 millions en 2009. Les EAU, qui avaient versé 173,9 millions en 2009, n'ont effectué aucun paiement jusqu'ici.

Selon un rapport publié cette semaine par les Nations unies, l'Autorité palestinienne devra "faire face à une grave crise de liquidités en septembre et aura des difficultés à payer ses salaires d'août" en raison d'une aide extérieure insuffisante.

Des responsables de l'AP ont dit que les salaires d'août étaient assurés.

L'aide extérieure est cruciale pour contribuer au versement des salaires des 148.000 employés de l'AP, dont 67.000 se trouvent dans la bande de Gaza. Ces salaires soutiennent une économie gazaouie atrophiée du fait de l'embargo imposé par Israël depuis que le Hamas a pris le pouvoir dans l'enclave.

Des responsables politiques palestiniens notent que le soutien des donateurs est l'un des principaux moteurs de la forte croissance économique (près de 8% cette année) que connaît la Cisjordanie.

Le Premier ministre Salam Fayyad, à mi-parcours d'un programme de deux ans destiné à créer les institutions d'un futur Etat palestinien, a élevé récemment une mise en garde contre "des difficultés financières graves", soulignant que l'AP était exposée à une "grave insuffisance de l'aide extérieure".

La plupart des responsables du gouvernement Fayyad rechignent à reprocher ouvertement ce manque de fonds aux Etats arabes, de crainte qu'ils n'en soient encore moins enclins à payer.

Des diplomates de l'UE se montrent déçus par ce qui leur apparaît comme un refus d'honorer des engagements pris lors d'une conférence de donateurs en 2007 à Paris.

"L'Europe et les Etats-Unis ont pleinement rempli (leurs) engagements, mais certains Etats arabes n'en font pas autant, ce qui pose un problème", a déclaré à Reuters un haut diplomate en poste dans une capitale occidentale. Quand on lui en a demandé la raison, il a répondu: "Demandez-le leur."

Avec Souhail Karam à Ryad et Crispian Balmer à Jérusalem, Philippe Bas-Rabérin pour le service français

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