Le gel de la colonisation Histoire d'un concept au cœur des négociations depuis vingt ans

Publié le par ag94

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http://www.aufaitmaroc.com/actualites/monde/2010/9/28/histoire-dun-concept-au-cur-des-negociations-depuis-vingt-ans

Les négociations amorcées le 2 septembre résisteront-elles à la décision du gouvernement israélien de continuer à bâtir en Cisjordanie? Le concept de gel de la colonisation, inventé par les États-Unis, adopté à contrecœur par les Palestiniens, et battu en brèche, vingt ans plus tard par ces mêmes Américains est aujourd'hui au centre des divergences. Décryptage des enjeux d'une semaine clé.

C'est l'histoire d'un concept inventé par les États-Unis, adopté à contrecœur par les Palestiniens, et battu en brèche, vingt ans plus tard, par les Américains eux-mêmes. En visite à Paris lundi 27 septembre, Mahmoud Abbas a regretté la fin du moratoire sur la colonisation israélienne en Cisjordanie, mais à l'issue d'un déjeuner à l'Élysée avec Nicolas Sarkozy, a confirmé que les Palestiniens se prononceraient sur les conséquences de l'expiration du gel partiel de la colonisation après la réunion de la Ligue arabe programmée le 4 octobre.

Mahmoud Abbas a également réaffirmé qu'il aurait souhaité que le premier ministre israélien Benjamin Nétanyahou “prolonge de trois ou quatre mois” le gel de la colonisation en Cisjordanie. Une condition que le cabinet israélien a finalement exclue dimanche, après avoir un temps semblé prêt à un compromis. Dès lundi matin, les coups de pioche se sont fait entendre près de Hébron, en Cisjordanie.

Pourquoi cette question du gel est-elle si importante? Les négociations amorcées à Washington le 2 septembre résisteront-elles à la décision du gouvernement israélien de continuer à bâtir en Cisjordanie? Décryptage des enjeux d'une semaine clé.


Pourquoi parle-t-on de “gel” des colonisations ?


Ce sont les États-Unis eux-mêmes, et non les Palestiniens, qui les premiers ont mis sur la table ce concept de gel (freeze en anglais). L'idée vient du secrétaire d'État de George Bush père, James Baker, qui cherchait un cadre pour relancer les négociations à la fin des années 1980. Du point de vue de Washington, un gel de la colonisation paraît alors le bon moyen de ne pas exiger trop de concessions d'Israël tout en rassurant les Palestiniens, inquiets que les négociations ne constituent pour Tel-Aviv qu'un subterfuge utile pour gagner du temps et jouer la politique du fait accompli, quand la colonisation accélérée de la Cisjordanie rendrait chaque jour un peu plus difficile l'établissement d'un État palestinien.

La séquence actuelle, marquée par la fin du gel s'ouvre fin octobre 2009, lors la visite d'Hillary Clinton à Jérusalem. À la surprise générale, alors qu'Israël refuse déjà de geler les constructions en Cisjordanie, la secrétaire d'État américaine qualifie les efforts d'Israël de “sans précédent”, convertissant ainsi la diplomatie américaine à la notion de “gel partiel”, mise en avant par le gouvernement israélien.

Obama a beau rappeler en plusieurs occasions, puis notamment le 23 septembre 2010 devant l'ONU, que les États-Unis “souhaitent que ce moratoire soit étendu”, le gouvernement israélien se sent désormais les mains libres, car il sait que le président et sa secrétaire d'État ne sont pas prêts à aller au clash sur cette question du gel.


Que dit le droit international ?


Rendue publique en 2003, la fameuse “feuille de route” adoptée par le Quartette (États-Unis, Union européenne, ONU et Russie) stipule clairement que le règlement du conflit israélo-palestinien, en aboutissant à la création d’un État palestinien, “mettra fin à l'occupation qui a commencé en 1967, en tenant compte des fondements de la conférence de Madrid, du principe de l'échange de territoires contre la paix, des résolutions 242, 338 et 1397 du Conseil de sécurité de l'ONU”.

 

Les résolutions des Nations unies mentionnées dans ce document cadre sont très claires: les Palestiniens ont droit à un État, dans les frontières de 1967. Un État qui comprendrait la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est.
...Un espace où vivent aujourd’hui plus de 300.000 colons, sans compter les 200.000 Israéliens établis dans la partie orientale de Jérusalem.


Les résolutions des Nations unies mentionnées dans ce document cadre sont très claires: les Palestiniens ont droit à un État, dans les frontières de 1967. Un État qui comprendrait la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est.
...Un espace où vivent aujourd’hui plus de 300.000 colons, sans compter les 200.000 Israéliens établis dans la partie orientale de Jérusalem.


Où en est la colonisation en Cisjordanie ?


Le moratoire sur la colonisation qui vient de prendre fin ne s'appliquait pas à Jérusalem-Est, où chaque semaine Israël expulse des Palestiniens pour loger des familles israéliennes. Comme l'a rappelé ce week-end le cabinet du premier ministre israélien, le moratoire ne s'est en outre appliqué que partiellement à la Cisjordanie, tant les entorses y ont été nombreuses depuis sa mise en place, le 25 novembre 2009. En témoigne le dernier rapport annuel de l'ONG La Paix maintenant.

Au cours des années 2008 et 2009, le rythme de la colonisation s'est accru de manière exponentielle, toujours selon l'ONG israélienne. La dernière carte fiable et disponible date de 2007. Or la construction de logements dans les colonies israéliennes de Cisjordanie a pratiquement doublé depuis le début 2008 par rapport à 2007, et a progressé sur le même rythme en 2009. Conséquence directe: la plupart des observateurs estiment que le morcellement de la Cisjordanie rend aujourd'hui impossible la proclamation d'un État palestinien viable sur ce territoire.


Pourquoi Abbas n’a-t-il pas quitté la table des négociations ?


La prolongation du moratoire sur la colonisation était, vendredi encore, la condition sine qua non pour que la délégation palestinienne demeure à la table des négociations. Comment expliquer donc son revirement, dès lors qu'Israël a entériné la reprise des constructions en Cisjordanie? Cette nouvelle volte-face est un signe supplémentaire de la position intenable du leader palestinien, pris entre son manque de légitimité vis-à-vis du peuple palestinien, qui a voté à plus de 70% en faveur du Hamas aux dernières élections législatives et municipales, et la pression continue de Washington, qui ne prend plus de gants pour le soumettre à ses exigences.

“Si vous ne venez pas à la table des négociations, nous rompons nos relations avec vous”, tel fut en substance le message de Barack Obama à la fin août, quand le leader palestinien exigeait comme préalable la poursuite du gel de la colonisation. Le président de l'Autorité palestinienne a donc gagné les États-Unis le 2 septembre, sans avoir obtenu la moindre garantie de la part d'Israël, ni même de Washington, si ce n'est le délai des négociations, fixé à un an maximum.


Les pourparlers ne dureront peut-être pas un mois. Abbas peut-il désormais se retirer au risque de donner l'impression de rompre un nouveau cycle et de se brouiller définitivement avec Washington, qui ne souhaite pas discuter avec le Hamas et a toujours besoin de lui pour maintenir en vie ce nouveau cycle de négociations?


Mahmoud Abbas se trouve dans une nasse inextricable. Sa décision... de ne pas prendre de décision a déjà achevé de vider l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) de sa substance. Dernière force à pouvoir faire un tant soit peu contrepoids au Fatah (le parti d'Abbas) et à légitimer l'OLP, le FPLP (gauche palestinienne) a annoncé dimanche son retrait de l'organisation fondée par Yasser Arafat, pour protester contre la fin du moratoire et l'attitude du chef du Fatah.


En Palestine comme à Washington, le président de l'Autorité est désormais bien seul.

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