Le conflit israélo-palestinien face à l’histoire L'Humanité

Publié le par ag94

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Israël Palestine : les enjeux d’un conflit, sous la direction d’Esther Benbassa. CNRS Éditions, 2010, 22 euros.

 


 Cet ouvrage collectif dirigé par Esther Benbassa (1) 
est le fruit d’un colloque organisé en 2009 à Paris, dans le cadre du Paris du vivre ensemble. Une fois de plus, des historiens, des chercheurs et des journalistes s’étaient retrouvés pour plancher sur cet interminable conflit. L’un des plus « couverts de la planète », selon l’expression de Gilles Paris, du Monde. Il l’est, en effet, par les médias de tous ordres (écrits, audiovisuels, électroniques) et par les soi-disant « experts » de toutes catégories qui en sont devenus les coqueluches.

Tout aurait donc été dit sur le conflit au Proche-Orient, depuis plus de trois quarts de siècle qu’il dure, si on le fait partir de la décolonisation ratée de la Palestine, sous mandat britannique. Tellement ratée qu’elle n’a toujours pas eu lieu, l’un des deux peuples qui vivaient sur cette terre (les Palestiniens) étant toujours colonisé par l’autre : les Israéliens, érigés en nation et déniant ce droit à « l’autre ».

Le livre montre bien l’évolution du regard porté sur ce conflit depuis la naissance d’Israël en 1948 (1947, si on part du plan de partage de l’ONU). Évolution du traitement journalistique, expliqué par Denis Sieffert et Dominique Vidal, qui se penchent aussi sur l’attitude des puissances occidentales et, surtout, de la France. Après avoir été très proche d’Israël sous la IVe République (Mendès France mais aussi Guy Mollet, très lié – déjà – à Shimon Peres), la France officielle prend ses distances en 1967. Le général de Gaulle juge avec lucidité la guerre des Six Jours et prédit les conséquences « inéluctables » de l’occupation et de la colonisation. Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, s’en tiendront à cette ligne, jusqu’au retournement complet opéré par Nicolas Sarkozy, dont l’atlantisme militant s’illustre par un soutien total à Israël.

Autres évolutions mises en lumière : celle des parties au conflit. Israël est de moins en moins une démocratie et vire à « l’ethnocratie », estime Pierre Renno, tandis que les Palestiniens se divisent entre une Autorité palestinienne engluée dans un processus de négociations discrédité avec l’occupant et un mouvement islamiste qui suscite peu de sympathie. L’historien israélien Avi Shlaïm note dans une postface énergique que « l’Amérique et l’Union européenne se sont jointes de façon éhontée à Israël pour diaboliser le Hamas ». Tous ces processus ont eu pour résultats « d’affaiblir, jusqu’à sa quasi-disparition, le mouvement de la paix et de marginaliser le mouvement anticolonial en Israël », selon Karine Lamarche, qui estime que « les graines semées par l’action commune avec les Palestiniens » mettront sans doute des années à germer. Mais aussi, comme le montre l’étude de Vincent Geisser, de radicaliser certaines institutions juives de France comme le Crif, qui agite à tout bout de champ le spectre de l’islamisation et de la guerre des civilisations dont Israël serait devenu l’épicentre (2). La multiplicité des points de vue et des analyses fait toute la richesse de cet ouvrage de réflexion sur l’une des actualités les plus brûlantes du siècle.

Israël Palestine : les enjeux d’un conflit, sous la direction d’Esther Benbassa. CNRS Éditions, 2010, 22 euros.

 Cet ouvrage collectif dirigé par Esther Benbassa (1) 
est le fruit d’un colloque organisé en 2009 à Paris, dans le cadre du Paris du vivre ensemble. Une fois de plus, des historiens, des chercheurs et des journalistes s’étaient retrouvés pour plancher sur cet interminable conflit. L’un des plus « couverts de la planète », selon l’expression de Gilles Paris, du Monde. Il l’est, en effet, par les médias de tous ordres (écrits, audiovisuels, électroniques) et par les soi-disant « experts » de toutes catégories qui en sont devenus les coqueluches.

Tout aurait donc été dit sur le conflit au Proche-Orient, depuis plus de trois quarts de siècle qu’il dure, si on le fait partir de la décolonisation ratée de la Palestine, sous mandat britannique. Tellement ratée qu’elle n’a toujours pas eu lieu, l’un des deux peuples qui vivaient sur cette terre (les Palestiniens) étant toujours colonisé par l’autre : les Israéliens, érigés en nation et déniant ce droit à « l’autre ».

Le livre montre bien l’évolution du regard porté sur ce conflit depuis la naissance d’Israël en 1948 (1947, si on part du plan de partage de l’ONU). Évolution du traitement journalistique, expliqué par Denis Sieffert et Dominique Vidal, qui se penchent aussi sur l’attitude des puissances occidentales et, surtout, de la France. Après avoir été très proche d’Israël sous la IVe République (Mendès France mais aussi Guy Mollet, très lié – déjà – à Shimon Peres), la France officielle prend ses distances en 1967. Le général de Gaulle juge avec lucidité la guerre des Six Jours et prédit les conséquences « inéluctables » de l’occupation et de la colonisation. Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, s’en tiendront à cette ligne, jusqu’au retournement complet opéré par Nicolas Sarkozy, dont l’atlantisme militant s’illustre par un soutien total à Israël.

Autres évolutions mises en lumière : celle des parties au conflit. Israël est de moins en moins une démocratie et vire à « l’ethnocratie », estime Pierre Renno, tandis que les Palestiniens se divisent entre une Autorité palestinienne engluée dans un processus de négociations discrédité avec l’occupant et un mouvement islamiste qui suscite peu de sympathie. L’historien israélien Avi Shlaïm note dans une postface énergique que « l’Amérique et l’Union européenne se sont jointes de façon éhontée à Israël pour diaboliser le Hamas ». Tous ces processus ont eu pour résultats « d’affaiblir, jusqu’à sa quasi-disparition, le mouvement de la paix et de marginaliser le mouvement anticolonial en Israël », selon Karine Lamarche, qui estime que « les graines semées par l’action commune avec les Palestiniens » mettront sans doute des années à germer. Mais aussi, comme le montre l’étude de Vincent Geisser, de radicaliser certaines institutions juives de France comme le Crif, qui agite à tout bout de champ le spectre de l’islamisation et de la guerre des civilisations dont Israël serait devenu l’épicentre (2). La multiplicité des points de vue et des analyses fait toute la richesse de cet ouvrage de réflexion sur l’une des actualités les plus brûlantes du siècle.

 

Françoise Germain-Robin

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