La Palestine dans les textes EMMANUEL DROR

Publié le par ag94

1075932011.jpg

 

 

CHANSONS - Si le rap a repris le flambeau, la Palestine fut chantée par les grandes voix arabes, puis les Français Renaud ou Zebda. Tour d'horizon.

 
Alors que les politiques sont empêtrés dans des stratégies cyniques ou dans une langue de bois perpétuelle, les chanteurs reflètent plus fidèlement le monde dans lequel ils vivent. Ils traduisent l'opinion de «la rue» mieux que ne le font les porte-parole officiels ou les médias traditionnels. Exemple avec l'histoire de la Palestine depuis quelques dizaines d'années... Les chanteurs du monde arabe ont logiquement été les premiers à se sentir concernés par la tragédie vécue par leurs frères Palestiniens. En revanche, il serait faux de penser qu'ils chantaient sous les ordres de leurs gouvernants. Si les paroles pro-palestiniennes d'Oum Kalthoum ont pu être en phase avec la politique de Gamal Abdel Nasser dans les années 1960, celles du chanteur révolutionnaire Cheikh Imam dans la décennie suivante lui ont valu de nombreux séjours en prison.


Les poètes en musique

Quant aux sentiments anti-Israéliens exprimés récemment par le chanteur Shaaban Abdel Rahim, ils dépassent de loin les positions officielles de l'Egypte d'Hosni Moubarak qui, sous influence étasunienne, a «fait la paix» avec ce pays. Dans les années 1970, des chanteurs libanais affirment leur engagement en mettant à leur répertoire des poètes palestiniens. Ainsi, en 1974, Ahmad Kaabour met en musique «Ounadikom» de Tawfiq Ziad et Marcel Khalife fait de même avec de nombreux poèmes et même un opéra de Mahmoud Darwish (Ahmed al Arabi, 1984). En 1971, la grande Fairuz consacre un disque entier à la Palestine (Jerusalem In My Heart), héritage qu'entretiennent aujourd'hui des chanteuses comme Julia Boutros ou Magida el-Roumi.

Dès les années 1980, des groupes occidentaux engagés abordent également la question palestinienne. En Angleterre, les Specials réagissent à la guerre du Liban («War Crimes», sur l'album In the Studio, 1984) alors qu'en France, les Bérurier Noir racontent l'histoire cruelle et véridique d'Ibrahim, «élevé dans la misère, dans les bombes et dans la guerre: «Palestine, quel est ton crime?» («Ibrahim», sur Abracadaboum, 1987).


L'espoir déçu d'Oslo

Après la première Intifada, fin 1987, des chanteurs comme Renaud («Triviale Poursuite», Putain de Camion, 1988) ou même Francis Cabrel («Tout le monde y pense», Sarbacane, 1989) s'y mettent, mais aussi les groupes Zebda ou IAM. Comme tout le monde, les chanteurs espèrent que les accords d'Oslo en 1993 annoncent une paix juste. De reculade en reculade, dix ans plus tard, la colère d'assister toujours à la même oppression se double de celle d'avoir cru à de fausses promesses. On remarque alors que les chanteurs s'expriment de plus en plus à la première personne. Des Espagnols de Ska-P («Intifada, 2002) au Suisse Michel Bühler («En Palestine», 2004) en passant par les Français de Tryo ou de Gnawa Diffusion qui, dans «Charlatown», ironisent: «J'attends la Palestine depuis 50 ans, l'Intifada appelle le monde, mais ça sonne occupé...»

Alors que se construit le Mur et qu'Israël bombarde Gaza tout juste libérée en 2006, la Palestine est dans tous les esprits. Quand le rap envahit la scène française, elle est dans ceux de groupes comme Sniper, Kalash ou les 400 Hyènes. Même les stars internationales ne peuvent plus éviter ce sujet, pourtant peu consensuel, comme en témoignent «Road to Peace» de Tom Waits (Orphans, 2006) ou «Rainin' In Paradize» de Manu Chao (La Radiolina, 2007).


Cris sur Internet

Les styles musicaux changent, la technologie évolue, mais les émotions restent universelles face au destin de ce peuple otage des tractations entre grandes puissances. Les bombardements sur Gaza en janvier 2009 déclenchent des réactions instantanées sur toute la planète. Le processus qui va du cri de rage de l'artiste à la vente d'un CD est trop long et c'est maintenant sur Internet que ces cris se retrouvent, sous forme de morceaux ou de vidéos téléchargeables. Certains morceaux se vendent au profit des Palestiniens, tels ceux de l'Américain Michael Heart ou de l'Anglais Yusuf Islam (anciennement Cat Stevens), alors que d'autres sont des performances filmées, presque improvisées, telles que celle du groupe anglais Mongrel ou du Français Yann Tiersen.

Toutes ces chansons accompagnent les manifestations et autres mouvements de protestation. Parmi ceux-ci, certains appellent à boycotter les manifestations culturelles israéliennes, mais un aspect complémentaire de cette campagne consiste à promouvoir les artistes palestiniens. En premier lieu, pour démontrer qu'il existe un peuple et une culture vivante en Palestine, comme en témoignent les chanteuses Rim Banna, ou Kamilya Jubran dont le dernier album, Makan, est sorti en début d'année et qui passera prochainement par la Suisse alémanique. Mais également parce que les chanteurs palestiniens aspirent à nous transmettre leur expérience et que c'est donc aussi une façon de les soutenir que d'écouter ce qu'ils ont à nous dire, d'entendre leur vérité...
Aujourd'hui c'est par le rap que s'exprime la jeunesse palestinienne, avec les groupes DAM (le plus connu), G-Town ou Ramallah Underground. Certains arrivent parfois à tourner à l'étranger, alors ne les manquez pas s'ils passent près de chez vous... I
Note : > Kamilya Jubran en concert le 11 décembre au Kulturm de Soleure, le 15 janvier 2010 au Bejazz Winterfestival de Berne. www.kamilyajubran.com
DAM tourne en Scandinavie durant le mois d'octobre, avant de visiter l'Espagne. www.myspace.com/damrap
> Sur les sites YouTube et Dailymotion: clips de Kalash, «Guerriers sans armes» (2006), Michael Heart, «Song for Gaza» (2009), Yusuf Islam & Klaus, «The Day the World Gets 'Round» (2009), Mongrel, «Long Live Palestine» (2009), «Yann Tiersen», Palestine (2009), ainsi que les clips de DAM, G-Town et des extraits de concerts de Kamilya Jubran et Rim Banna.

 

 

http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=443888

Commenter cet article