La guerre comme idiotie : 1) L’enclume à tuer les mouches à 4,8 millions de dollars pièce

Publié le par ag94

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http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-guerre-comme-idiotie-1-l-79669

 

On aura décidément tout vu dans ce conflit ! Aujourd’hui, l’armée américaine vient d’inventer le jouet télécommandable le plus lourd au monde et le moins efficace de la planète : 72 tonnes de feraille inutile, facturée bien sûr à un prix exhorbitant au contribuable américain, 4,8 millions d’euros pièce le bidule à chenilles, à partir d’une base connue, un Abrams a turbine Avco Lycoming AGT-1500 de 32 ans d’âge. Un char-bulldozer en quelque sorte, à un prix faramineux. Un peu plus par engin que ce que le gouvernement a débloqué pour toutes les victimes de Xynthia ! Et des engins comme-ça, il y en aura 13 de construits, pour une facture totale de 63,25 millions de dollars. A quoi peut bien servir ce monstre piloté mais aussi téléguidable à distance, quelle est son efficacité réelle et sur quelle zone de conflits récents à t-il été déployé, c’est ce que je vous propose de voir aujourd’hui. Au pays de la gabegie, l’arrivée de l’ABV, pour Assault Breacher Vehicle, n’étonne personne : quitte à jeter l’argent par les fenêtres, autant le faire avec démesure.

La base de création du monstre est l’Abrams, ce char à turbine d’avion, qui, comme un avion à réaction, est un véritable gouffre à essence. Lors de sa sortie un congressiste démocrate moqueur avait dit qu’il ne craignait pas les tirs sur lui, mais plutôt sur la charrette à essence qu’il serait obligé de tirer derrière lui pour se rendre au combat. Le modèle classique à une autonomie de 280 km maxi à condition de rouler à allure normale : à pleine vitesse, il ne fait que 150 km, et s’il roule à fond pendant une centaine, il est bon déjà pour changer son moteur, grillé. Ça donne du travail à l"usine Avco de Stratford... qui en 1990 produisait 120 turbines par mois avant d’être absorbée par Textron Corporation ! L’usine fermée en 1998, la turbine n’est plus produite depuis 12 ans. On cannibalise donc sur les stocks de chars existants pour les maintenir en marche. C’est aussi pour ça qu’on en a vu aussi peu en Irak ou en Afghanistan, faute de pièces détachées disponibles. En faire marcher un seul est en effet tout une organisation... 
 
Pour changer la turbine, on a tout prévu : un autre char qui lui ressemble muni d’une chèvre et d’un palan pour changer la bête. Les trois quarts du temps, on l’amène près des combats sur un porte char... ce qui, dans le cas de notre ABV devient absolument hilarant, car c’est un énorme camion, sujet aux bombes de routes : si, pour aller déminer, le camion qui amène l’engin de déminage saute.... c’est la poule et l’œuf, cette histoire. Insoluble, et ne comptons pas non plus pouvoir le parachuter ! On lui en a même inventé un nouveau transporteur rien que pour lui (ou presque !) : l’Oshkosh Heavy Equipment Transporter (HET)... vendu avec une belle brochure. Un engin de 18,3 tonnes, muni d’un moteur Carterpillar de 18,6 litres de cylindrée ! Si vous avez une idée de la consommation... le bruit de l’aspiration de l’essence doit dépasser celui de l’échappement. Dans la boue, il ne fait.... pas vraiment merveille... dans ce cas, faut trouver un autre modèle équivalent pour l’en sortir : le problème de la poule et de l’œuf, deuxième ! Il est vrai qu’avec le modèle précédent on pouvait s’amuser plus....
 
Déjà, donc, rien que pour l’essence, c’est coton, et c’était déjà le cas à la sortie de l’Abrams  : le premier point c’est la consommation. "En Allemagne, le carburant était pris à à proximité du dépôt. Dans des opérations expéditionnaires, le carburant peut provenir de la Californie. Cela fait une grande différence, car si trois camions sont nécessaires pour alimenter chaque semaine les réservoirs des turbines d’une division blindée, il en faut juste un seul pour une une division marchand au au diesel. Puisque le carburant doit être livré sur place, une division équipée de turbine gaz nécessite trois fois plus de camions de carburant, plus celui d’un autre camion par semaine pour fournir du combustible pour les camions supplémentaires ! Ensuite, il ya des soldats et les équipements nécessaires pour décharger et stocker le carburant, et trois fois plus de soutien logistique pour trois fois conducteurs de camions de plus, et trois fois plus de mécaniciens pour les camions". Sachant que le nouveau venu pèse ses vingt tonnes de plus que le modèle standard, imaginez la noria de camions d’essence qu’il lui faudra pour atteindre son lieu de déminage ! Mieux encore : en combat, si le char se retrouve en combat de ville, à ouvrir le terrain pour l’infanterie, les bidasses ne peuvent se coller derrière en espérant être protégés : c’est une turbine d’avion, qui éjecte ses 1000°F (537 °C !) par ses échappements ! N’espérons pas une avancée de fantassins à Marhah avec ça. On peut en revanche y griller des merguez, à condition de les tenir avec une perche. Résultat ; on ne les sort pas souvent (faute de merguez sur place ?). Ah, heureusement, il y a Marjah, où la merveille des merveilles a été engagée. Deux engins, exactement (donc une bonne paire de camions derrière !). Qui n’ont rien déminé mais ont copieusement labouré le sol devant les journalistes, et sont sagement après été remis sur leur porte-char... retour de la danseuse au paddock. Circulez, vous avez assez vu la bête, on la rentre ! 
 
Pour son père le M-1, les déboires subis par les RPG à charge creuse ont forcé le Pentagone à effectuer des modifications importantes (80 chars avaient été perdus en 2003 !). Pour une rallonge de 45 millions de dollars, General Dynamics Land Systems avait signé le 29 août 2006 un contrat de remise à jour du M1A1 et M1A2, pour 505 modèles à équiper d’un "Tank Urban Survivability Kit" (ou TUSK) , plus un autre contrat de 30 millions pour une autre division, General Dynamics Armament and Technical Products (GDATP) pour des blindages réactifs à poser sur les flancs du bazar (les carrés visibles sur les côtés). A l’arrière une sorte de "store" était censer protéger l’échappement des grenades propulsées, comme on en a posé ailleurs pour transformer les véhicules en cages à poules, et un renforcement du dessous contre les IEDS (Counter Improvised Explosive Device enhancement) pour 11,3 millions de plus... et allez, tiens,en rab, des lunettes de vision nocturne pour l’équipage à 48 millions de dollars supplémentaires. Au dessus, une mitrailleuse téléguidée du type CROWS de 50 mm de calibre pour éviter de sortir pour tirer... de quoi largement augmenter le tarif final de la bête... vendu au final au prix de l’or en barres. Pour la génération suivante, on passera à.. l’hydrogène : les ravitaillements sur les champs de bataille vont donner de beaux éclairs, je le sens bien là....c’est vrai que comme modèle, chez Carterpillar, on a ça.. logiquement, le prochain blindé US devrait donc ressembler à ça. Et la prochaine démineuse à ça.
 
Bon, finalement, le bazar en fait simple dérivé de l’Abrams démineur précédent, est envoyé au "front". Et aussitôt surnommé "Teenage mutant ninja turtle" par ses nouveaux servants précise, Romain Mielcarek dans son blog. Une sorte de "Transformers", quoi.... Enfin, à Marjah, plus exactement dans sa banlieue, là où il y a autant de Talibans que de réfrigérateurs qui marchent dans la ville. Mais laissons les marines en parler eux-mêmes de leur "The Joker" : car toute seule, l’armée américaine avoue à quoi il sert vraiment ce monstre onéreux. "Il a opéré pour la première fois dans l’opération Cobra’s Anger lancée aux premières heures de vendredi dernier. 900 Marines et 150 soldats afghans ont investi le secteur de Now Zad, deuxième ville du Helmand et fortin taliban. Les militaires doivent au cours de cette mission sécuriser la région pour permettre aux forces de sécurités afghanes et aux ONG de déminer". Les ONG qui déminent ? C’est nouveau, mais bon, puisqu’ils le disent. Reprenons le bilan officiel de la merveille des merveilles : "La résistance a été peu importante. Quelques insurgés ont été tués et du matériel de fabrication d’explosifs récupéré. Les troupes américaines ont pu intercepter des communications des Talibans dans lesquelles ils annonçaient l’approche des ABV. L’apparence des véhicules et leur usage d’explosifs pour nettoyer les routes semble avoir eu un impact psychologique sur les combattants adverses." Impact psychologique ! Traduisons par... épouvantail ! 
 
Et là, on tombe de rire : à Marjah, ou sa banlieue de Now Zad, il n’y avait plus aucun taliban, les américains finissent par le reconnaître tout seul : on avait eu dans la presse à des titres ronflants, genre "une vive résistance talibane" qui "bloquait la progression des troupes", rappelez-vous... aujourd’hui c’est devenu " "La résistance a été peu importante. Quelques insurgés ont été tués "... bel aveu ! 30 000 soldats déplacés pour 5 talibans tués ? Quelle "rentabilité" ! Donc, en face, un terrain idéal pour tester le monstre, puisqu’il n’y a PERSONNE (ici la photo de l’offensive de Nowzad). Même à écraser, qui sait. Non. L’armée US finit dans toute sa candeur a nous révèler la terrible efficacité du bulldozer blindé à près de 5 millions de dollars pièces. Oh, il n’y a même pas de nombre d’IEDS explosées, ni de bombes détectées dans cette redoutable efficacité. Non. L’engin, nous dit la marine, "semble avoir eu un impact psychologique sur les combattants adverses"... et c’est donc pour ça qu’il n’y en avait pas : c’est bien sûr, ils ont eu PEUR DU MONSTRE ! L’armée américaine vient d’inventer l’épouvantail le plus cher du monde, et on ne le savait même pas !!! Comme le dit un blog, "la guerre à la terreur ce n’est pas gratuit" : en 2010, le budget de la défense US tourne autour des 663,8 milliards de dollars... de quoi fabriquer de belles danseuses... comme celle-ci. Les stratèges du Pentagone ont tellement confiance dans sa solidité qu’ils ont prévu de ne mettre personne à bord si le besoin s’en fait sentir : l’engin est entièrement télécommandable à distance. Un gros Joustra, en quelque sorte, sans le câble ("filoguidé !")....
 
Un innénarable responsable des Marines vient enfoncer le clou de la bêtise et en profite pour vanter sa créature à la presse : "un effet moral sur l’ennemi a été réalisé par l’ABV des Marines. « Je sais que les talibans ne voulaient pas renoncer à cette position et nous l’avons prise très rapidement ", a déclaré Kinsey." Tous avaient déguerpi de Marjah. Pour prendre quelque chose de si important pour les talibans, et si vite, il fallait frapper un grand coup en face d’eux... " C’est le deuxième responsable à avouer qu’à Marjah il n’y avait plus un seul taliban ! Notre homme vient nous vendre un double bobard : les troupes ont fait fuir des talibans fantômes ; et le principal à l’avoir fait est l’AVB ! Voilà comment on arrive à vendre des bidules qui ne servent à rien, qui se déplacent à peine et consomment de façon phénoménale, comme étant des armes de guerre modernes et efficaces. La "démonstration" faire, on les ramène sagement à leur base. Un journaliste commente : "ils correspondent à ce qu’on pouvait attendre après tout, mais les Assault Breacher Vehicles, ne sont pas invincibles. "Aujourd’hui, comme ils ne sont pas encore complètement finis, ils ne remplissent leurs missions qu’accompagnés de leurs véhicules de transport au cas où ils auraient besoin d’être ramenés à la base !" Ce qui signifie en clair qu’ils n’ont aucune autonomie et que la vieille Lycoming AGT-1500 supporte tout juste les 72 tonnes qu’on lui demande de tirer ! La charrue devant les bœufs, c’était peut-être une bonne idée : à part que les bœufs devraient être une demi-douzaine pour faire avancer la charrue et son embonpoint ! L’engin est inutilisable. Il rejoint d’autres bidules farfelus qui n’ont fait qu’un tour. Tel l’engin qui devait refouler les soldats ou les manifestants... un autre gouffre à fric dont je vous reparlerai peut-être un de ces quatre. Recalé en Irak, on le déploierait dans les prisons....
 
Un épouvantail sur chaise roulante en plomb : voilà ce qu’est en définitive cet engin ! La guerre, est vraiment d’une idiotie...
 

par morice

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