Khaled Jubran ou les vibrations de l’âme palestinienne BEYROUTH, par François Huguet | iloubnan.info

Publié le par ag94

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Celui que l’on considère comme l’un des plus grands joueurs de Oud et de Buzuq dans le monde entier a finalement obtenu un visa pour le Liban. Le concert du Palestinien Khaled Jubran, prévu le samedi 8 mai, s’est déroulé le mercredi suivant à Beyrouth dans un théâtre Tournesol plein à craquer.

 

Le jeu de Jubran est d’une intensité hors du commun. Elle gène parfois, nous transporte souvent et laisse des traces, presque toujours. Fondateur du département de musique arabe au sein du Conservatoire National Palestinien de musique à Ramallah en 1994 et père du Centre Urmawi pour la Musique du Mashreq né en 2000, Khaled Jubran est de ceux qui cherche à conserver et à transmettre l’essence et l’héritage de la musique orientale mais aussi un de ceux qui interroge son esprit et la façon dont elle peut s’inscrire dans notre temps. Mercredi à Beyrouth, il jouait une partition de son immense talent en invitant le Libanais André Hajj le temps de deux morceaux.

Que retenir de cette soirée si ce n’est que la musique de Jubran ne se livre pas à toutes les oreilles ? Elle se dérobe, emprunte des chemins de traverse pour nous faire accéder aux sphères les plus élevées de l’inspiration et de la poésie. Certains trouvent cela gênant d’être bouleversé à ce point, d’autres ferment les yeux pour privilégier l’écoute du Oud et du Buzuq, d’autres se voient partir en Andalousie, dans un patio clair où flotte un air sec et chaud. Le Oud est d’ailleurs un instrument à part dans la musique : né en Babylonie, il voyage chez les Assyriens, les Perses, les Egyptiens, en Europe où il prît le nom de Luth et transforma, en Andalousie, l’esthétique de la musique occidentale. Jubran maitrise totalement son jeu, il nous fait voyager comme ont voyagé ses deux instruments de prédilections : Oud et Buzuq.


Improvisé, du haut d’une liberté totale, le son semble apprivoisé alors que l’on voit Jubran bercer son Oud, poser son oreille sur la caisse de l’instrument et caresser ses douze cordes. Aujourd’hui, je me souviens de cet été 2008, où je voyais Mahmoud Darwich, le poète palestinien donner un de ces derniers récitals dans le théâtre antique d’Arles, accompagné par Samir et Wissam
Joubran. Je pleurais et écoutais le silence que faisaient les cigales pour écouter le chant de la Palestine, son âme en feu, sa puissance poétique. Les mêmes larmes arrivent lorsque j’entends Khaled Jubran, et que vibre l’âme de la Palestine.

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