Israël : une affaire sensible censurée... sauf à l'étranger Par TF1 News, à Paris

Publié le par ag94

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En raison de la censure officielle, les médias israéliens ne peuvent pas aborder le futur procès d'Anat Kama, soupçonnée d'avoir volé des documents importants pendant son service militaire. Peu importe : ils renvoient vers leurs confrères étrangers, non tenus par cette règle.


L'affaire fait grand bruit en Israël. Mais elle est couverte officiellement par la censure.  Une ex-soldate, Anat Kam, 23 ans, aurait organisé des fuites et peut-être photocopié des documents pendant son service militaire. En novembre 2008, cela aurait permis au grand quotidien Haaretz d'accuser l'armée d'avoir commis des assassinats ciblés sur des activistes palestiniens, alors qu'ils auraient pu être arrêtés. Dans un article intitulé "Permis de tuer", le journaliste Uri Blau dénonçait la pratique -d'ailleurs interdite par la Cour Suprême- et citait notamment un ordre du général Yair Naveh, autorisant à tirer.

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Depuis, les services de renseignements intérieurs du Shin  Beth et du Renseignement Militaire auraient mené leur enquête et seraient remontés à Anat Kam. Elle est aujourd'hui mise au secret chez elle, depuis décembre 2009. De son côté, Uri Blau, qui était en voyage à l'étranger, n'est pas rentré en Israël. Haaretz négocierait son retour d'exil  avec les autorités. L'affaire devrait conduire à un procès le 14 avril prochain, toujours couvert par le secret de la censure. L'accusation demanderait jusqu'à 14 ans de prison contre la jeune femme, accusée de trahison.


 
En raison de la censure dont il fait l'objet, le dossier prend un retentissement particulier et secoue le monde médiatique  israélien. Le grand quotidien Yediot Aharonot en a été réduit à clamer : "Qu'est-ce que le Shin Beth ne veut pas que l'on sache ?", en indiquant à  ses lecteurs qu'il trouverait l'information aisément sur Internet en cherchant à "journaliste, censure, israël". La chaîne de télévision n°10 a fait de même en renvoyant à la lecture de ses confrères étrangers. Le journal populaire Maariv a traité l'interdiction officielle par l'ironie : "En raison d'un ordre de censure, nous ne pouvons pas vous dire ce que nous savons. En raison de la fainéantise, de l'apathie et de notre foi aveugle dans l'institution militaire, nous ne savons rien".
 
De fait, la prohibition n'empêche pas les médias étrangers et les blogs extérieurs de diffuser à foison les informations sur Anat Kam. L'histoire est d'abord sortie sur le site juif américain JTA (Jewish Telegraphic Agency). Elle a ensuite été reprise par de nombreux médias anglophones. Les agences de presse étrangères AP et UPI en ont fait des dépêches. Les quotidiens britanniques The Times, The Guardian ou The Independent suivent également l'histoire. Mais les médias israéliens sont toujours réduits au silence. Yediot Aharonot a tout juste pu rediffuser le blog d'une journaliste américaine en caviardant de très nombreux passages.



Cette affaire met en lumière le système de censure israélienne. La loi sur la presse est héritée du mandat britannique. Elle établit une liste de sujets dit "sensibles" -liste d'ailleurs réduite dernièrement de 61 à 41 sujets. Cela va du secret-défense aux objectifs militaires en passant par le nucléaire ou certaines enquêtes de police. Généralement, les médias négocient avec le Bureau de la Censure, auquel ils doivent soumettre les articles sur ces thèmes. En cas de désaccord, un tribunal comprenant un journaliste et un représentant de l'armée statue. Dans les faits, peu d'articles sont censurés ou interdits.

Toutefois, lors de la guerre du Liban en 2006 ou pendant l'offensive de Gaza, la censure militaire veillait  particulièrement à ce que ne soient pas dévoilés des secrets militaires, des mouvements de troupe, des impacts de roquettes ou les noms de soldats tués avant que les familles ne soient prévenues. Problème : Internet a rendu légèrement obsolète ce filtrage de l'information.


 

 

Aujourd'hui, les journalistes israéliens et les bloggeurs s'interrogent donc sur le sens de la censure dans ce cas précis. Est-ce pour couvrir le futur procès à huis-clos de la jeune Anat Kam ? Est-ce pour ne pas divulgué le nom du général Naveh, responsable de ces  "assassinats ciblés" illégaux ? Est-ce pour que les faits évoqués ne puissent être des pièces dans un recours devant la Cour Suprême ? Ou tout simplement est-ce pour dissuader les journalistes trop curieux de faire leur métier ? Selon certains médias, Anat Kam aurait en effet sorti de nombreux autres documents explosifs qui n'auraient pas été encore utilisés.

 
Quoi qu'il en soit, Haaretz et la chaîne 10 auraient déposé un recours contre l'ordre de censure. Le recours doit être examiné deux jours avant le procès d'Anat Kam...

 

 

Par TF1 News, à Paris le 06 avril 2010 à 17:35

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