ISRAËL: Durcissement des mesures envers les « infiltrés »

Publié le par ag94

JÉRUSALEM, 16 novembre 2009 (IRIN) -


Des organisations humanitaires ainsi que plusieurs députés expriment leur indignation face à ce qui semble être un durcissement de la politique d’Israël envers les demandeurs d’asile qui pénètrent illégalement dans le pays.


Malgré les efforts des ONG, une loi sur « l’infiltration », dont l’avant-projet a déjà été voté au Parlement, doit être approuvée au cours des prochaines semaines. La loi considère toute personne qui entre illégalement sur le territoire comme un criminel et autorise des peines d’emprisonnement allant jusqu’à sept ans pour des demandeurs d’asile provenant de pays « ennemis ».

Les pays « ennemis » sont le Soudan, la Somalie, l’Irak, l’Iran, le Liban, la Syrie et la Libye. Toutefois, il arrive rarement que des demandeurs d’asile tentent de pénétrer en Israël à partir de ces pays – à l’exception des trois premiers. Ils arrivent presque tous d’Égypte.

La loi permettrait également d’incriminer les ONG ou les volontaires qui aident ces personnes et de garder en détention des mineurs en situation irrégulière.

Oded Diner, d’Amnesty International, a exhorté les députés à agir immédiatement pour empêcher l’approbation de la loi, mais s’est dit consterné lorsque, le 3 novembre dernier, le comité législatif du Parlement a rejeté la proposition des députés Danny Danon (Likoud), Dov Khanin (Hadash) et Nitzan Horowitz (Meretz) d’exclure de la loi la détention d’enfants et de mineurs en situation irrégulière.

Amnesty International a appelé le Parlement à « rejeter le projet de loi et à s’assurer que toutes les dispositions concernant l’immigration ou la sécurité nationale introduites dans la loi respectent les obligations d’Israël en matière de droits humains en s’assurant que les individus sous sa juridiction sont protégés, indépendamment de leur statut d’immigration, et que des individus ne sont pas renvoyés dans un État où ils courent le risque d’être victimes de graves violations des droits humains ».

Des travailleurs humanitaires, exaspérés, ont dit à IRIN qu’ils en avaient assez et qu’ils ne savaient pas ce que leur réservait l’avenir. Sous le couvert de l’anonymat, l’une d’entre eux a dit qu’elle travaillait avec des demandeurs d’asile près de la frontière égyptienne. Si la loi est approuvée, elle sera considérée comme une criminelle.

Camps de travail

Le 4 novembre, Galgalatz, la radio de l’armée israélienne, a annoncé que le ministère des Finances avait élaboré un plan pour « dissuader les infiltrés illégaux de pénétrer en Israël ».

En vertu de ce plan, un hébergement de base serait offert aux demandeurs d’asile dans des camps situés dans le désert du Negev, dans le sud d’Israël, et dans la région d’Arava. Ils recevraient de la nourriture, un abri et des soins médicaux de base en échange de leur travail non rémunéré, généralement dans l’agriculture.

Les demandeurs d’asile seraient forcés de demeurer dans les camps jusqu’à ce qu’une décision soit prise concernant leur statut. On ignore cependant encore ce qui adviendrait de ceux dont la demande est refusée. Israël n’accorde pas le statut de réfugiés aux Soudanais du Sud et aux Érythréens (qui forment la majeure partie des demandeurs d’asile).

« Ces mesures permettraient de dissuader ces soi-disant demandeurs d’asile de venir ici », a dit à IRIN un membre du gouvernement israélien sous couvert de l’anonymat. « Ce ne sont pas des réfugiés, ce sont simplement des travailleurs immigrés qui utilisent ce prétexte pour obtenir du travail, des soins de santé et l’éducation gratuite pour leurs enfants. Nous croyons que 80 pour cent d’entre eux ne sont pas des réfugiés ».


Photo: Tamar Dressler/IRIN
Des enfants des demandeurs d’asile se divertissent dans une librairie construite par des volontaires à Tel-Aviv
Selon le Refugee Rights Forum, un groupement qui rassemble huit organismes de défense des droits humains en Israël, le pays compterait quelque 7 500 Erythréens et 6 000 Soudanais demandeurs d’asile. Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) estime le nombre total de demandeurs d’asile à environ 18 000.

D’après l’Autorité israélienne de l’immigration toutefois, ils seraient plus de 24 000, principalement des Soudanais et des Érythréens, à s’être « infiltrés » en Israël depuis cinq ans. Le pays a fait un « geste humanitaire » et accordé la résidence à environ 450 personnes venues du Darfour.

D’après des sources de l’armée israélienne, 400 à 600 demandeurs d’asile africains pénètrent chaque mois en Israël. Bien que plusieurs d’entre eux parviennent à trouver un emploi, certains dépendent de l’aide des ONG. Environ 2 000 d’entre eux sont en permanence retenus captifs dans les centres de détention du pays.

« Les travailleurs immigrés et les réfugiés apporteront des maladies et d’autres problèmes à Israël, notamment le sida, la tuberculose et la toxicomanie », a dit Eli Yishay, le ministre de l’Intérieur israélien, dans une interview sur la chaîne israélienne 2TV, le 2 novembre dernier.

Des réactions mitigées

Bien que plusieurs membres du gouvernement se soient prononcés en faveur du plan de dissuasion, certains députés sont horrifiés. M. Khanin a dit à IRIN : « La guerre qu’Israël livre aux réfugiés est indigne de notre pays. Cette loi est contraire aux valeurs humanitaires et aux valeurs juives. Elle n’a pas sa place dans un État créé par des réfugiés ».

D’autres députés ont dit à IRIN qu’ils trouvaient le plan tellement choquant qu’ils ne prendraient même pas la peine de donner leur avis sur la question.

Les ONG qui travaillent avec les réfugiés en Israël ont également exprimé leurs inquiétudes. « Ces camps de travail ne dissuaderont pas des gens qui fuient des horreurs de venir », a dit un travailleur humanitaire qui a souhaité garder l’anonymat. « Le plan va simplement les priver du peu qu’ils parvenaient à gagner pour vivre et fournir des esclaves dans des camps de travail ».

Interrogé au sujet du plan, le porte-parole du ministère des Finances a refusé d’aborder les détails du projet.

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