Extrait d'un article de Rue89 un éditorial de Yossi Sarid du jounal Haaretz

Publié le par ag94

yossi_sarid.jpg

extrait d'un article de Rue89

 

 

En Israël, si l'opinion majoritaire soutient le gouvernement et l'action des militaires, faisant porter la responsabilité des victimes sur les organisateurs de la « flottille de la liberté », il existe des voix discordantes, et même violemment discordantes.

Yossi Sarid, un ancien ministre du gouvernement de gauche d'Yitzhak Rabin en 1993, devenu commentateur politique, est l'une de ces voix au sein d'une société qui reste profondément démocratique et plurielle.

   
   
   

Rue89 a choisi de traduire son éditorial publié mardi matin dans le quotidien Haaretz, la principale voix libérale en Israël, minoritaire mais respectée.

Il s'en prend, comme l'indique son titre, aux « sept idiots du cabinet », visant explicitement les sept membres du « cabinet de sécurité » au sein du gouvernement, comprenant notamment le Premier ministre Benyamin Netanyahou et le ministre de la Défense Ehud Barak, qui prend les décisions militaires comme celle qui a débouché sur l'assaut du navire turc lundi.

Voici le texte intégral de son éditorial, lucide et sévère sur l'état de la société et de la politique en Israël aujourd'hui :

« Cette fois-ci, tout était prévisible. Même ce journal avait mis en garde contre la possibilité de subir une défaite tout en remportant la victoire. Alors que se préparait la grande confrontation navale, il était clair que ça se terminerait mal.

Après tout, la préparation des troupes dépendait de sept idiots [les sept membres du Comité de sécurité du cabinet israélien, ndlr] et de leurs subordonnés -des gens qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez.

On nous dit régulièrement qu'Israël n'a jamais eu un groupe de ministres aussi efficace et profond : même le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman fait preuve de profondeur, nous explique le ministre de la Aéfense Ehud Barak.

Mais qui peut témoigner des talents et de la capacité de jugement d'Ehud Bakar lui-même ? Peut-être des soldats qui ne sont jamais revenus du front.

Sept ministres contre sept navires. Pas des porte-avions, pas même des croiseurs, mais des petits bateaux, chargés de centaines de personnes. Pas tous des saints, mais pas non plus des terroristes. Mais soudain, sans crier gare, cette flottille improbable devient une armada menaçante…

Avant la bataille de Trafalgar, l'amiral Nelson, tout comme les commandants alliés à la veille du débarquement en Normandie, savaient que le destin de leurs nations étaient en jeu. Ça suffit à nous désespérer quand nous pensons à nos propres dirigeants. Pour eux, chaque jour est comme le jour du débarquement (“D-Day”). Que se passera-t-il quand il y aura vraiment la guerre ?

Ce qui est dérangeant, c'est de penser à notre armée qui trébuche chaque fois qu'elle reçoit l'ordre d'avancer. Et ne croyez pas les promesses selon lesquelles on fera mieux la prochaine fois. Il y a toujours plein d'excuses, mais le résultat est à chaque fois un désastre.

Des unités d'élite sont censées savoir comment prendre le contrôle d'un navire sans mettre en danger tout l'Etat, comment maîtriser des passagers qui agitent des barres de fer et des couteaux sans pour autant semer la mort, comment conserver deux pistolets et un fusil sans en perdre le contrôle.

Mais, pour commencer, il n'y aurait jamais dû y avoir de confrontation physique. S'il s'agissait effectivement d'une “provocation politico-médiatique”, nous n'aurions jamais dû nous retrouver piégés.

Si nous avions laissé cette flottille arriver jusqu'à Gaza -une option qui a effectivement été proposée-, il y aurait eu des cris de victoire de l'autre côté. Mais ils auraient disparu au bout d'un ou deux jours.

Mais l'Israël du Premier ministre Netanyahou, de [Ehud] Barak [le ministre de la Défense], des ministres Moshe Ya'alon [ancien chef d'état major devenu vice-premier ministre], Benny Begin [ministre sans portefeuille], Benjamin Ben-Eliezer [ministre de l'Industrie et du commerce] et Eli Yishai [ministre de l'Intérieur], et même Dan Meridor [vice-premier ministre], [les sept membres du Comité de sécurité, ndlr], est entré en concurrence avec le Hamas et le Hezbollah pour savoir qui peut faire les plus grandes démonstrations de force, ce qui ne signifie rien de plus que d'humiliantes preuves de faiblesse.

Comment avons-nous développé un tel manque de confiance en nous-mêmes au point de nous lancer tête baissée sur le premier bateau qui passe ? Au moins aurions nous pu éviter de lancer nos soldats l'un après l'autre au cœur de la foule en colère.

Ce qui devrait suivre, c'est une demande d'enquête, mais ça n'a pas de sens. La bêtise ne connaît pas de limites, et c'est une prérogative ministérielle. Et ce qui est sans limites et aussi insondable.

Ce club des sept va donc poursuivre dans ses pratiques néfastes, nous mettant bien plus en danger que tout bateau, car nous sommes dirigés par la folie. Ce gang de Jérusalem va continuer à nous entraîner vers le bas, encore et encore, car il manque le courage de changer après le désastre.

Et nous continuerons à avoir peur de nos dirigeants -comme si ça ne suffisait pas d'avoir peur de Mahmoud Ahmadinejad. »

Commenter cet article