Cisjordanie : Les pierres répondent aux gaz Sud Ouest

Publié le par ag94

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PROCHE ORIENT. Le village de Bil'in est un emblème de la résistance palestinienne. Ses habitants cherchent à obtenir la modification du tracé du mur de séparation

Cisjordanie : Les pierres répondent aux gaz

Après la confrontation hebdomadaire avec Tsahal, les habitants retournent à Bil'in. (photo m. W.)

«Je suis ici pour défendre un message de paix et de justice. » Mohamed Yusuf est déguisé en Gandhi cette semaine, entouré de ses acolytes, l'un sosie de Martin Luther King, l'autre de Nelson Mandela. Il porte le dhotî (toge blanche) du Mahatma, les petites lunettes cerclées, et s'est peint le corps en ocre foncé. Sous le soleil, la peinture coule et la ressemblance, d'abord frappante, s'efface peu à peu.

Mohamed est une cheville ouvrière du mouvement qui a obtenu la modification du tracé de la barrière de séparation dans un jugement sans précédent de la Cour suprême israélienne en 2007. Un tracé alternatif doit être trouvé, restaurant l'accès des Palestiniens à 60 des 195 hectares de terres agricoles dont le mur les prive depuis sa construction en 2003.

Depuis, rien n'a changé. La mobilisation pacifiste continue et le mur n'a pas bougé. Il est midi. Ce vendredi 5 mars, 200 manifestants s'élancent du village vers le mur de séparation qui les coupe de la route réservée aux colons israéliens. Dans le cortège, Ilan Shalif, la cinquantaine, vient ici depuis cinq ans. Il est israélien, membre du Hadash (parti de gauche israélien, NDLR), habite à Tel-Aviv, où ses parents sont arrivés en 1920, quand « ce n'était pas encore Israël ». Venir ici est difficile pour les Israéliens, il leur est interdit de passer les check-points qui régulent l'accès aux territoires palestiniens.

Masques à gaz

Il est là pour « joindre la lutte et organiser les actions radicales contre le mur. Ici, Palestiniens et Israéliens ne sont pas ennemis, nous sommes partenaires contre le mur. "Haaretz" (le quotidien israélien orienté à gauche) parle chaque semaine du rassemblement à Bil'in. Et quand il n'y a pas d'affrontement direct, c'est un événement ». Pour preuve, ses lunettes de ski sur le front en guise de protection contre les gaz lancés par les soldats de Tsahal. Dans le cortège, international et coloré, certains manifestants portent des masques à gaz.

Un petit kilomètre à pied entre les oliviers et les collines escarpées de Palestine. Le paysage est magnifique. Bientôt, sur les hauteurs, on aperçoit le mur. Quatre mètres de béton gris renforcés par des barbelés gardés par des soldats. La tête du cortège s'approche. En première ligne, Ahmad accroche un drapeau palestinien au mur. La réplique ne se fait pas attendre. Les bombes de gaz arrivent à nos pieds, une grosse fumée blanche prend la gorge. Il faut faire demi-tour et baisser la tête. Les yeux coulent, on s'échange des cotons imbibés d'eau.

La première salve passée, les manifestants tentent une deuxième avancée vers le mur. La guerre de position, infime parmi celles qui meurtrissent cette terre, reprend. Nouvelle avancée, nouveaux tirs. On entend « gaz » puis « sound », signe que la déflagration, plus forte, est inoffensive.

Les manifestants se déplacent vers la droite du mur. Deux voitures de soldats les y rejoignent. Commence un jeu du chat et de la souris où les pierres répondent aux tirs. L'air est blanc de gaz. Les plus téméraires ne prennent même plus la peine de se couvrir le visage.

En retrait, Suleiman Khaled, 20 ans, est venu de Jaffa, à quelques kilomètres de Bil'in. Il est chanteur et joueur de « ûd » (luth). Il rêve d'habiter en France. « Je viens ici tous les vendredis, depuis des années. Je viens pour dire que je hais les Israéliens. » Il se reprend : « Non, je ne hais pas les Israéliens, je hais les soldats israéliens. » Ce soir, il veut aller danser à Jérusalem, « pour faire partir les gaz ».

Auteur : marion wagner
en cisjordanie

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