« Appel à la raison » des intellectuels et citoyens juifs d'Europe ! Par M. CHALLALI

Publié le par ag94

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est attendu aujourd'hui à Paris pour assister à la cérémonie officielle d'adhésion d'Israël au sein de l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE). Benjamin Netanyahu sera accompagné du ministre des Affaires étrangères, Avigdor Liberman, du ministre des Finances, Yuval Steinitz et du ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Emploi, Binyamin Ben Eliezer.

L'adhésion d'Israël à l’OCDE (institution qui regroupe 31 pays prospères et plus développées au monde), s’ajoute à celle de l'Estonie et de la Slovénie. Le Conseil de l'OCDE, présidé actuellement par le Premier ministre italien, M. Silvio Berlusconi, accueillera ces trois nouveaux membres lors de sa réunion annuelle, au niveau ministériel, le 27 mai à son siège Parisien, en présence également du Premier ministre François Fillon et des dirigeants des trois pays auxquelles s'associent des dirigeants Chiliens dont le pays est membre à part entière depuis cette année.

 

Cependant, cette « cérémonie officielle » fait face d'ors et déjà à plusieurs appels de boycott et de rassemblements pour dénoncer la politique colonialiste du Premier ministre israelien.

 

Outre le collectif « Génération-Palestine »,qui appelle à protester contre « l’accueil des représentants du gouvernement d’extrême droite israélien », alors que « rien n’arrête la politique de judaïsation de Jérusalem » ou d'autres associations et militants politiques attachés depuis longtemps à la cause du peuple palestinien pour son indépendance, aujourd'hui, à cette occasion, de nouvelles voix, de cris et de protestations, se dressent, se lèvent et se font entendre et disent publiquement leur désaccord politique à Netanyahu sur sa politique de poursuite de la colonisation.

 

Ces protestations et ces voix sont dans cet « Appel à la raison » lancé le 3 mai à Bruxelles par le JCall (European Jewish Call for Reason) et qui a recueilli plus de 6000 signatures selon les organisateurs.

 

Ainsi des citoyens et intellectuels juifs européens ont décidé de « faire entendre une voix juive solidaire de l’État d’Israël et critique quant aux choix actuels de son gouvernement ». Parmi les signataires figurent Serge Blisko, député PS, Elie Chouraqui, cinéaste, Daniel Cohn-Bendit, député Vert européen, Boris Cyrulnik, psychiatre, Elisabeth de Fontenay, philosophe, Georges Kiejman, ancien ministre et avocat, Pierre Nora, historien, membre de l'Académie française, Elisabeth Roudinesco, psychanalyste, Maurice Szafran, PDG de Marianne. Pour les signataires, où l'on croise même les philosophes Bernard-Henri Levy et Alain Finkielkraut, « l’existence d’Israël est à nouveau en danger », en partie à cause de la colonisation qu’ils qualifient d’« erreur politique » et de « faute morale ».

L'origine de ce « danger », outre « la menace des ennemis extérieurs» écrivent-ils, est bien « l'occupation », « la poursuite ininterrompue des implantations en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem Est ».  

Le ton du texte se veut inquiet de la situation et du blocage dans cette région, ses auteurs demandent l'intervention volontariste de l'Union européenne et des États-unis.

Tous les signataires, veulent faire de cet « Appel à la raison » une dynamique pour « créer un mouvement européen capable de faire entendre la voix de la raison à tous », ils pensent que « l'alignement systématique sur la politique du gouvernement israélien est dangereux car il va à l'encontre des intérêts véritables de l'État d'Israël », dont la « survie »« qu' État juif et démocratique » est « conditionnée par la création d'un État palestinien souverain et viable ». en tant

Elie Barnavi, historien et ancien ambassadeur d'Israël en France, qui vit à Bruxelles, a exprimé aussi son soutien à cette appel: « Nous voulons ratisser large, pas dans l'idée de créer un second mouvement comme-La Paix maintenant- , mais dans la volonté de dépasser les clivages politiques car nous pensons que nombreux sont les Juifs européens modérés qui n'approuvent pas la politique du gouvernement israélien qui n'est ni légitime ni raisonnable mais plutôt suicidaire! », a-t-il déclaré au journal Le Soir la semaine passé.

 

Il fallait s'y attendre, peut-être, que cet appel allait faire aussi des remous et à être dénoncé. La droite au pouvoir en Israël et les institutions juives en France, pour elles, cet appel est une « atteinte » à la « solidarité juive ». Critique à laquelle, ont répondu, mercredi dans une tribune au quotidien Le Monde, les avocats Michel Zaoui et Patrick Klugman, tout en affirmant « leurs liens indéfectibles avec Israël», ils soulignent que « Les signataires de cet appel ne veulent plus de cette chape de plomb qui les contraint à opposer le bien (Israël) au mal (tous les autres)».

 

Quant à Richard Prasquier, président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), lui, il a déploré, dans une déclaration rapportée par l'AFP, des « formulations pas acceptables dans ce texte ». De son côté, Gilles William Goldnadel, président de l'Association France-Israël, cité par l'AFP, trouve que « Des intellectuels juifs vivent la critique de manière inconfortable et ils se sentent obligés de prendre leurs distances par rapport au gouvernement israélien. Pour ma part je ne vois aucun changement entre l'action des gouvernements Olmert, Barak et Netanyahu ».

 

En revanche, l'Union juive française pour la Paix (UJFP), elle, elle n'apporte pas sa signature au texte du J Call dont elle constate que « les Palestiniens sont les grands absents », tout en dénonçant, d'un côté, la « politique intransigeante »« monolithisme arrogant du Crif, courroie de transmission de la politique israélienne ». du gouvernement Netanyahou et, de l'autre, le

 

Le malaise et gêne de cette politique de la colonisation touche même au sein du parti travailliste qui pourtant siège dans l'actuel gouvernement. A l'image de son ministre de l'Agriculture, Shalom Simhon, qui a déclaré, mars dernier, à la radio de l'armée israélienne que « Les travaillistes ont de plus en plus de difficultés à participer à la coalition gouvernementale dans laquelle ils sont entrés pour relancer le processus de paix avec les Palestiniens». Il rajoute que « La colère de Biden est justifiée. Une grave erreur a été commise (par Israël), et il y a un prix à payer. Il est de plus en plus difficile pour nous, les Travaillistes, de continuer à siéger dans ce gouvernement ». Ces propos de, Shalom Simhon,  font allusion à l'annonce d'un projet de construction de 1.600 logements à Jérusalem-est qui menace de faire capoter la relance de pourparlers indirects de paix avec les Palestiniens en pleine visite du vice-président américain Joe Biden.

 

Amnesty international, en Allemagne, vient une nouvelle fois d'accabler Israël, dans son rapport sur la situation annuelle des Droits de l’Homme dans le monde, qui mentionne que « Israël viole, quotidiennement les Droits de l’Homme ». Par le billet de sa secrétaire, Monika Lüke, citée par l’Institut de Recherche National Agronomique (IRNA), a dit lors d’un point de presse, tenu hier à Berlin: « Environ, un million et demi de Palestiniens, à Gaza, sont privés de denrées alimentaires vitales, tandis que 8.000 citoyens, dans le nord de Gaza, n’ont pas accès à l’eau potable. »

 

Le rapport de 600 pages des Nations unies, préparé, l’année dernière, par le juge sud-africain, Richard Goldstone, a, déjà, montré qu’Israël utilisait « des armes prohibées », telles que des armes au « phosphore blanc », contre les civils palestiniens et dans les zones résidentielles.

 

Ces propos venus depuis l'Allemagne brisent le miroir et résonnent dans une parfaite symphonie dramaturgique avec ce livre, « A un ami israélien », en librairie depuis le 19 mai, que son auteur, Régis Debray, présente comme une lettre ouverte adressée à l'historien et ancien ambassadeur d'Israël en France, Elie Barnavi, dans lequel on peut lire: Israël « n'a pas cessé de coloniser, d'exproprier et de déraciner ». Selon lui, Israël est confronté à une crise d'identité entre nationalisme et universalisme: « un Etat juif et démocratique. Un casse-tête que ce +et+ ».

 

Devant une telle situation poudrière, ne faudrait-il pas donner à cet « Appel à la raison » tout l'écho qu'il mérite et surtout le sérieux auquel il nous invite... pour qu'au moins, cette nouvelle initiative ne tombe entièrement à l'eau comme «les accords de Genève » de 2003.

 

http://www.mediapart.fr/club/blog/m-challali/270510/appel-la-raison-des-intellectuels-et-citoyens-juifs-deurope

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