3 femmes palestiniennes

Publié le par ag94


Fatema Yunnis Azzeq

 

 

« Après la naissance de l’enfant, on m’a attaché un pied et une main au lit. (…) Le second jour, ils m’ont mis les menottes aux pieds et mon enfant ne m’était amené que deux fois par jour pour la tétée. »

 

 

 

 

Date de naissance : 30 / 11 / 1968

Date de l’arrestation : 20 / 05 / 2007

Condamnation : En attente d’un procès

Lieu de détention : Hasharon

 

 

Fatema Yunnis Azzeq, enceinte lors de son arrestation, fut arrêtée au checkpoint d’Erez avec sa nièce alors qu’elle l’accompagnait à l’hôpital. Sa nièce et elle furent questionnées et fouillées au corps. Elle décrit la fouille à laquelle procédèrent les soldates comme « faite de manière mauvaise et … extrêmement humiliante. » Sa nièce fut arrêtée en même temps pour exercer sur elle une pression supplémentaire émotionnelle. Elle a demandé où elle allait être emmenée mais ne reçut pas de réponse. Elle fut battue, insultée et on lui attacha les pieds et les mains et ses yeux furent bandés durant l’arrestation. Elle fut retenue au checkpoint d’Erez du début de l’après-midi jusqu’au coucher du soleil et puis emmenée au centre d’interrogatoire d’Ashkelon.

 

 

TORTURE PSYCHOLOGIQUE INTENSE.

 

Durant l’interrogatoire à Ashkelon, elle a souffert d’une intense torture psychologique. Elle fut mise dans une petite cellule dont la porte était dotée d’une petite ouverture par laquelle les soldats jetaient un coup d’œil sur elle ou lui lançaient des quolibets. La pièce était extrêmement froide, sale et avec des insectes partout. On la força à revêtir une tenue de prison, essentiellement une chemise bleue et longue, ce qui est une tenue inadaptée et humiliante pour une femme qui porte le foulard. De plus, on lui interdit de prier durant l’interrogatoire. En plus du manque total de tolérance religieuse, Fatema fut privée de sommeil et de repos pendant 24 heures. Pendant quelque temps elle eut sa nièce avec elle puis elle fut déplacée au milieu de la nuit dans une pièce toute juste assez grande pour un matelas.

 

Durant toute la durée de l’interrogatoire, Fatema resta attachée à sa chaise, une position intenable pour son dos. Elle fut insultée à maintes reprises et un de ses interrogateurs lui donna des coups, en-dehors de la salle d’interrogatoire. Elle fut soumise de manière répétée au détecteur de mensonges et fut placée dans une cellule à collaborateurs (une cellule pour les prisonniers palestiniens qui refusent d’avouer et qui sont soumis aux pressions extrêmes des collaborateurs).

Cette pression intense psychologique et physique eut pour conséquence des saignements intensifs et soudains qui menacèrent d’affecter sa grossesse. Elle a demandé à voir un médecin mais sa requête fut ignorée et on se moqua d’elle quand elle dit à un des officiers que cela pourrait conduire à la mort de l’enfant qu’elle portait. Même la Croix-Rouge ne put accéder jusqu’à elle. Pendant à peu près deux semaines d’interrogatoire, Fatema fut obligée de garder les mêmes habits et seulement après trois jours de détention, sa famille fut avertie de l’endroit où elle se trouvait.

 

ENCEINTE A 40 ANS ET EN PRISON : PAS DE TRAITEMENT SPECIAL.

 

Depuis son arrestation, Fatema a perdu du poids à cause du manque de nourriture, de sa situation générale et de son environnement. Sa grossesse ne fut pas prise en compte. La nourriture qu’on lui offrait n’était en rien différente de celle donnée aux autres et ne donnait aucune chance au futur bébé de s’alimenter correctement. Des soins particuliers auraient été requis dans son cas parce qu’elle était enceinte à l’âge de 40 ans, une situation difficile pour toute femme mais particulièrement en détention.

 

NAISSANCE DE YOUSSEF

 

 

atema a donné naissance à son fils Youssef en Janvier 2008 en prison. Son expérience peut seulement être décrite comme inhumaine. Ses pieds et mains restèrent attachés jusqu’à la dernière limite avant le travail et les liens furent remis immédiatement après. Elle se remémore l’expérience vécue de cette naissance en prison : «Après la naissance de l’enfant, on m’a attaché un pied et une main au lit. Je suis restée dans une pièce spéciale pendant deux heures environ et puis on m’a emmenée dans ma chambre. Le second jour, ils m’ont mis les menottes aux pieds et mon enfant ne m’était amené que deux fois par jour pour la tétée. »

 

Elle est restée à l’hôpital du 17 au 19 janvier 2008, période durant laquelle une requête fut déposée par son avocat pour obtenir des laissez-passer pour visiteurs mais sans succès.

 

On refusa à Fatema, durant le travail et pendant les premiers jours de la vie de Youssef, les droits de l’homme les plus élémentaires : le droit pour son mari ou pour tout autre membre de sa famille d’être à ses côtés durant la naissance. De même, on refusa aux avocats le droit de la voir. On refusa à Youssef aussi le droit élémentaire d’avoir une tétée régulière, ce que mérite tout bébé. C’est un fait médical reconnu qu’un bébé nourrit au sein doit seulement être régularisé au bout de 2 ou 3 mois, pas pendant les premières heures ou journées de sa vie.

Elle eut les mains liées derrière le dos pendant le trajet de retour à la prison, ce qui fit qu’elle fut dans l’incapacité de porter son bébé âgé de deux jours.

 

En plus des problèmes de santé concernant sa grossesse, l’accouchement et les soins apportés à l’enfant, Fatema a souffert de dépression post natale et souffre encore de rhumatismes des os.

Youssef est tombé malade pendant le mois de Mars 2008 et ce ne fut qu’un mois après que la prison lui offrit les services d’un pédiatre. Jusqu’à ce jour, Youssef est régulièrement malade mais un bilan régulier de santé n’a pas été mis en place pour lui.

 

PAS DE SOLEIL, JUSTE DE L’HUMIDITE

 

Fatema et Youssef partagent leur cellule avec 5 autres détenues. La pièce a tendance à rester généralement propre puisqu’on requiert des prisonnières qu’elles la nettoient elles-mêmes, mais il y a de l’humidité sur les murs. Fatema se plaint du peu de ventilation et du peu de lumière naturelle, choses particulièrement importantes pour un enfant durant les premières années de sa vie. On accorde à Youssef les mêmes pauses de récréation qu’à Fatema, deux fois par jour. Il n’a que peu de choses pour le distraire ; les jouets sont sans conteste un luxe pour lui. La surpopulation, le peu d’hygiène, et le manque d’exposition au monde extérieur ont un impact physique et psychologique néfaste sur tous les deux. Malgré cela, la force de caractère de Fatema et sa détermination l’ont amenée à réussir son Tawjhi (examen de niveau lycée) en prison avec les livres fournis pour elle par le Ministère des Détenus et ex-détenus.

 

YOUSSEF NE VOIT SES FRERES ET SŒURS QUE SUR LES PHOTOS

 

Depuis la détention de Fatema, sa famille originaire de Gaza, n’a pas été autorisée à lui rendre visite. Youssef et ses frères et sœurs ne se voient que par photos interposées. En Mai 2008, elle a pu passer son premier coup de fil à sa famille. Pendant sa dernière conversation téléphonique, on lui demanda de brancher le haut-parleur malgré le fait que s’ils le désiraient, les gardiens de prison pouvaient de tout façon écouter. Ceci ne peut être interprété que comme une tentative supplémentaire de lui faire sentir le pouvoir qu’ils ont de lui ôter toute l’intimité qu’elle pourrait ressentir.

 

Plus important encore, elle n’a pas vu sa famille depuis le moment de son arrestation, puisque Israël a suspendu unilatéralement le Programme Gazaoui de Visites des Familles ICRC.

 

Vingt mois après son arrestation, Fatema est toujours en attente d’un jugement à la Prison d’Hasharon.

 

 

 

Informations transmises par Addameer www.addameer.info

 

Association France Palestine Solidarité www.france-palestine.org

 

Heba Asaad Khalil El Natsha

 

“J’ai été arrêtée à Keryat Arba […] Je portais un médaillon, qui avait un petit couteau […] Je n’ai rien fait”

 

Date de naissance : 28/2/1990

Date d’arrestation : 03/11/2007

Condamnation : 3 ans et 3 mois

Date attendue de libération : 03/01/2011

Lieu de détention : Hasharon

 

Heba El Natsha, âgée de 16 ans lors de son arrestation, a été arrêtée alors qu’elle traversait Keryat Arba. Keryat Arba est une colonie israélienne; dans la banlieue de Hébron. Heba a été fouillée par une femme-soldat ; on l’a retenue là pendant 3 heures avant de l’embarquer dans un véhicule militaire. Elle n’avait aucune idée de l’endroit où elle allait, elle ne savait pas très bien pourquoi elle avait été arrêtée et on ne lui a pas fourni de mandat d’arrêt. Pendant son arrestation et le transport qui a suivi, Heba avait les mains et les pieds attachés, et les yeux bandés. Il a fallu une journée entière pour atteindre le centre de détention de Gush Etzion, en partie à cause du fait qu’un autre détenu a été pris en chemin. Sa famille n’a pas été prévenue de son arrestation et par conséquent ni elle ni aucun de ses proches n’ont été prévenus de ses déplacements.

A son arrivée, Heba a subi un interrogatoire d’une journée entière à Etzion. Pendant l’interrogatoire, ses yeux sont restés bandés et ses mains et ses jambes liées. Elle est restée debout pendant tout l’interrogatoire puisqu’il n’y avait pas de chaise. Ni sa famille ni un avocat n’étaient présents pendant l’interrogatoire. En plus, on lui a refusé de rencontrer un délégué de la Croix Rouge. Elle a également été battue par celui qui l’interrogeait quand le problème de la carte de la Palestine a été soulevé pendant l’interrogatoire. Après une journée complète d’interrogatoire, sa famille a été prévenue, mais seulement parce que les officiers israéliens avaient besoin du numéro de sa carte d’identité. A 10h45 du soir elle a été transférée pour commencer 2 jours de régime cellulaire (confinement solitaire) à Neve Terza.

Heba n’a jamais été arrêtée auparavant.

 

VIE PERSONNELLE

 

La famille de Heba se compose de huit membres. Seul son frère qui a 14 ans est autorisé à lui rendre visite et ses visites ont lieu une fois par mois..

Elle a été arrêtée seulement deux semaines après avoir commencé son Tawjihi (certificat d’études palestinien) et ses études ont donc été interrompues. Malgré les obstacles rencontrés pour avoir de l’aide, elle a continué à étudier très consciencieusement en prison. Par l’intermédiaire de son avocat elle demandait surtout l’accès à un enseignement ou à un tutorat adéquat et à des livres. Malgré le peu d’aide pédagogique proposée en prison, seulement sous la forme d’une petite bibliothèque avec un nombre réduit de livres, Heba a réussi à avoir ses diplômes de Tawjihi notamment sur l’Art.

 

CONDITIONS DE DETENTION

 

Heba s’est plainte de ses mauvaises conditions de détention depuis son arrestation. Faire sa peine de prison à Hasharon a occasionné une détérioration de sa santé. Elle s’est plainte très souvent à ses avocats et à l’administration de la prison de la nourriture qu’elle décrit comme étant insuffisante et de mauvaise qualité. De plus, Heba se plaint, comme les autres détenues à Hasharon, d’espace vital réduit. Sa cellule possède une seule fenêtre et peu de ventilation. Les périodes récentes de grande chaleur ont aussi entraîné une augmentation du nombre d’insectes qui grouillent dans sa cellule. Comme punition pour avoir désobéi ou pour avoir exprimé sa solidarité avec d’autres détenues qui avaient des “ennuis”, on a très souvent refusé à Heba d’acheter quoi que ce soit à la cantine.

Ses mauvaises conditions de détention ont eu comme conséquence une détérioration de sa santé. Malgré le fait qu’elle n’avait pas de problèmes de santé avant sa détention, Heba souffre maintenant d’anémie et d’une douleur dans les oreilles. Elle a le sentiment qu’on ne s’occupe pas d’elle d’un point de vue médical, et l’année dernière, quand on lui a demandé de décrire le niveau de ce qui était à leur disposition pour leur santé, elle a signalé qu’il n’y avait pas de psychologue, qu’il y avait un dentiste disponible seulement le dimanche, qu’il n’y avait pas de gynécologue, qu’il fallait attendre longtemps pour les consultations à l’hôpital sans rapport avec le niveau des besoins. D’après son témoignage, les calmants sont les médicaments les plus couramment fournis quels que soient les symptômes ou la maladie.

 

Informations transmises par Addameer www.addameer.info

Qahira Saeed As-Saadi

 

 

J’ai été battue, traînée par terre et tirée par les cheveux”.

 

 

Date de naissance: 21/8/1976

Date d’arrestation: 8/5/2002

Condamnation: 3 condamnations à perpétuité

Lieu de détention: Hasharon

 

Qahira Saeed As-Saadi, mère de 4 enfants, a été arrêtée par la police et les soldats à son domicile d’Al-Ram à 1h30 du matin le 8 mai 2002. Les troupes israéliennes étaient déjà venues deux fois le jour précédent, une fois à 2h du matin et une autre fois à 7h du matin, et avaient arrêté deux de ses frères qui étaient chez elle. Le jour de l’arrestation de Qahira, ils ont encerclé le bâtiment et ont fait partir tout le monde. Ils ont placé Qahira et ses enfants devant le bâtiment. Après avoir vu les soldats deux fois déjà en l’espace de 24 heures quand ils ont arrêté leurs oncles, les enfants ont été traumatisés par la vue des soldats et ont commencé à crier et à pleurer. Les soldats ont séparé les enfants de leur mère et se sont mis à les frapper chaque fois qu’ils criaient trop fort ou ne faisaient pas ce qu’ils leur demandaient. Les soldats ont aussi commencé à frapper Qahira devant ses enfants et ont confisqué un certain nombre de ses effets personnels. Elle a décrit cette expérience comme quelque chose d’horrible. […] « J’ai été battue, traînée par terre et tirée par les cheveux ». Les enfants ne savaient pas ce qui allait arriver. « Nous ne savions pas qu’ils allaient l’emmener. Si nous avions su, nous lui aurions parlé, nous l’aurions embrassée, nous aurions passé du temps avec elle, mais ils l’ont emmenée et mise dans la voiture qui était garée devant le bâtiment », décrit Mohammad, l’un des enfants de Qahira.

On n’a pas dit à Qahira où elle allait être emmenée, et sa famille n’a pas été mise au courant de ses déplacements. Elle a été transportée dans un véhicule militaire au centre d’interrogatoire de Moskobiyeh. En chemin, elle a été battue et insultée, on lui a attachée les mains et couvert les yeux. Pendant les 24 premières heures d’interrogatoire, Qahira a subi une pression physique et psychologique intense et on l’a faite passer au détecteur de mensonges. On l’a aussi menacée de violer ses filles de 10 et 4 ans dont on lui a dit qu’elles étaient aussi emprisonnées. Elle a été détenue à Moskobiyeh pendant 115 jours, dont 9 en isolement sans avoir accès à la lumière du jour ou à l’air frais. Pendant ce temps, elle a été frappée deux fois par un officier de police ; cela a été constaté par la Croix Rouge qui n’a pas été autorisée à la soigner.

A Moskobiyeh, on lui apportait seulement une tasse d’eau trois fois par jour. Sa nourriture lui était donnée par une ouverture dans la porte. Sa porte était près de toilettes à la turque et les odeurs qui parvenaient à sa cellule étaient insupportables. Sa cellule était petite et exiguë et elle ne recevait que peu de produits de première nécessité : par exemple, il pouvait se passer 24 heures sans qu’elle ait de savon.

LA PRISON

Depuis son procès, Qahira est détenue à la prison de Hasharon. A Hasharon, elle subit les mauvaises conditions de vie de toutes les prisonnières. Elle vit dans un espace réduit, avec peu de périodes de promenade et elle se plaint régulièrement du fait que les détenues doivent compter de plus en plus sur le magasin de la prison, parce que l’administration pénitentiaire fournit peu de choses. Par exemple, au début de l’année dernière, on ne permettait pas aux familles d’apporter des chaussures dans la prison, ce qui a forcé les détenues à acheter des articles de base au magasin de la prison. On sait que le magasin est coûteux et des baskets peuvent atteindre 300 NIS. Les formes de punition à Hasharon peuvent être l’interdiction d’avoir accès au magasin, l’arrêt des visites familiales, des amendes, ou la confiscation d’effets personnels. En mars de l’année dernière, par solidarité avec une autre prisonnière, Qahira a fait la grève de la faim. Elle, et les autres prisonnières qui y ont participé, ont eu comme punition d’être privées de promenade pendant deux semaines. On les a menacées d’un arrêt des visites si elles continuaient la grève.

Plus récemment, le 5 août 2009 à 9h30 du soir, la chambre de Qahira a été envahie et fouillée, et beaucoup de ses effets personnels ont été détruits dans l’opération. De plus, on l’a soumise à une fouille humiliante et dégradante dans la salle de bains. Les appareils électriques ont été détruits, les lampes ont été démontées et la chambre a été mise sens dessus dessous. La fouille a fini à 1h30 du matin. Pendant la fouille, les détenues ont été soumises à ce qu’elles ont décrit comme un « traitement horrible » et ont été gardées menottées. Le lendemain, en signe de protestation contre ce traitement, Qahira et ses compagnes de cellule ont fait une grève de la faim.



LA SANTE

Qahira a eu une opération de la mâchoire en prison, à cause de la détérioration de sa santé dentaire, et nécessite un traitement intensif à long terme mais tout ce qu’on lui donne ce sont des antalgiques. Elle n’a que 33 ans et va perdre toutes ses dents à cause de ce traitement inadéquat. En outre, elle tombe malade de façon récurrente. Sa santé fragile a commencé en 2003 et elle s’est mise à se sentir particulièrement mal pendant les interrogatoires et quand elle est détenue dans de petites cellules. Ses symptômes se sont amplifiés à cause des mauvaises conditions de détention. Elle a été deux fois à l’hôpital et a vu de nombreux médecins mais sans résultats. Plus récemment, elle a souffert de maux d’estomac mais encore une fois, elle n’a obtenu que des antalgiques.

LES ETUDES

Qahira a passé avec success son bac en prison avec les livres fournis par la Croix Rouge. La barrière de la langue l’empêche de faire des études plus poussées. L’Université Ouverte d’Israel en prison exige que les détenus qui souhaitent poursuivre des études supérieures aient une compétence élevée en hébreu. Les prisonniers s’aident les uns les autres en anglais et en hébreu mais ce n’est en aucun cas suffisant pour les préparer à des études supérieures dans ces deux langues.

LA FAMILLE

Qahira est une femme mariée et une mère de 4 enfants, et seuls ses enfants ont été autorisés à lui rendre visite. Son mari a été aussi arrêté, a fait 5 ans de prison, mais c’est principalement lui qui s’occupe des enfants. Pendant ses 5 ans de prison, ils ont été placés dans un orphelinat. Actuellement, son mari Nasr Ali al Saadi et les 4 enfants Sandy, 16 ans, Mohammad, 15 ans, Rafat, 13 ans, et Dunya, 11 ans, résident tous dans le camp de réfugiés de Jénine. Nasr a déclaré que « perdre leur mère les a complètement changés. Cela a changé toute leur vie. Il n’y a rien qui puisse remplacer l’amour et la compassion d’une mère. Leur mère était tout pour eux et elle était toujours là pour eux. […] Imaginez perdre tout cela si jeune ».

Nasr n’était pas à la maison quand sa femme a été arrêtée mais lui aussi a été pris le jour suivant. Il a été pris dans la voiture où il était et condamné à 22 mois de prison pour avoir « hébergé des personnes recherchées », une accusation qu’il nie. Nasr a aussi passé ses 20 premiers jours à Moskobiyeh, où il a vu sa femme deux fois, chaque fois trois à quatre minutes. Ne sachant pas quand il reverrait sa femme, Nasr a demandé à son avocat de retarder constamment ses audiences pour qu’il puisse les programmer les mêmes jours que sa femme. Lorsqu’ils attendaient leurs audiences, tous deux s’appelaient d’une cellule à l’autre.

Après sa libération, Nasr a passé dix mois hors de prison avant d’être arrêté de nouveau en détention administrative pendant 12 mois. « J’étais innocent de toutes leurs accusations. Ils m’ont juste arrêté à cause de ma femme », dit Nasr. Pendant que leur père était en détention, les quatre enfants de Qahira, Sandy, Mohammad, Rafat et Dunya ont été envoyés dans un orphelinat pendant 17 mois. Nasr a alors prévenu son jeune frère pour qu’il les en sorte et les emmène vivre avec leur grand-mère au camp de réfugiés de Jénine où ils sont restés jusqu’à ce que Nasr soit libéré et puisse les prendre en charge lui-même.

Tous les enfants de Qahira ont terriblement souffert et ont l’impression que leurs demandes n’ont pas été entendues. En plus du traumatisme psychologique d’avoir vu leur mère arrêtée et battue, et d’avoir été placés dans un orphelinat, les enfants ont vu leurs résultats scolaires baisser. Leur inquiétude pour leur mère a été telle qu’ils ont été incapables de se concentrer sur l’école. Ils sont aussi obligés de manquer des cours et des tests chaque fois qu’ils vont rendre visite à leur mère, et ils ne peuvent en rattraper que quelques-uns. Quand on l’a questionné sur ses projets pour l’avenir, Sandy a répondu timidement : « je veux être avocat à cause de l’emprisonnement de ma mère et à cause des conditions dans lesquelles nous vivons et des droits que mon peuple a perdus ».

Le mari de Qahira a eu l’interdiction de lui rendre visite en prison malgré des efforts répétés pour en obtenir l’autorisation. A cause de son emprisonnement passé, on le considère comme une menace pour la sécurité et il doit vivre sa vie sans jamais revoir sa femme. Les enfants de Qahira n’ont pas été autorisés à voir leur mère pendant les deux premières années de son emprisonnement. Maintenant, ils lui rendent visite toutes les deux semaines avec la Croix Rouge. Sandy, 13 ans, veille sur ses frères et sœurs quand ils vont voir leur mère. « Nous quittons la maison à 6h30 du matin et prenons les bus de la Croix Rouge jusqu’au checkpoint de Jalamah où on nous demande de nous déshabiller pour nous fouiller. Cela prend tant de temps. De Jalamah, nous montons dans des bus israéliens et allons à la prison. On nous fouille de nombreuses fois dans la prison. Dans chaque pièce où nous entrons, les gardes verrouillent les portes derrière nous et nous fouillent. Ensuite, nous allons dans la pièce suivante et ils font la même chose », dit Sandy. Quand on lui a demandé ce qu’ils disent à leur mère, Mohammad a répondu solennellement : «Nous lui disons qu’elle nous manque et que nous ne pouvons pas vivre sans elle. Sans elle, nous ne serions pas venus au monde.  Ma mère nous dit alors qu’elle est fatiguée et qu’elle ne peut pas vivre en prison et elle nous demande de prier pour qu’elle soit libérée pour qu’elle puisse revenir avec nous. Ensuite elle se met à pleurer. » Les enfants sont autorisés à passer une demi-heure avec leur mère bien que le voyage leur prenne environ 18 heures à cause des délais, des fouilles corporelles et des fouilles des bagages. Même pendant la visite, les enfants sont séparés de leur mère par une grande paroi de verre, et ne peuvent parler à leur mère que par téléphone.



Informations transmises par Addameer www.addameer.info



Association France Palestine Solidarité www.france-palestine.org

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souscrire mutuelle 22/10/2009 10:53


merci pour cette article