Netanyahou galvaude la mémoire de l’Holocauste

Publié le par ag94

Lors de son intervention à la tribune de l’ONU, le premier ministre israélien a comparé le Hamas aux nazis et les tirs de roquettes Qassam, qui ont atteint le sud d’Israël, avec les bombardements aériens allemands qui ont ravagé Londres durant la seconde guerre mondiale. Ces comparaisons sont indignes, écrit Gideon Levy dans Haaretz, car en galvaudant la mémoire de l’Holocauste et des souffrances provoquées par le conflit de 1939-1945 elles autorisent du même coup toutes les analogies sans fondement.

Par Gideon Levy

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a galvaudé la mémoire de l’Holocauste lors du discours prononcé jeudi à l’Assemblée générale des Nations Unies. Il l’a fait à deux reprises. Une première fois, lorsqu’il a brandi des preuves de l’existence de l’Holocauste, comme s’il en était besoin, puis ensuite en comparant le Hamas aux nazis.

Si le président iranien Mahmoud Ahmadinejad nie l’Holocauste, Mr. Netanyahu, lui, le déprécie. Est-il besoin de preuves, 60 ans plus tard ? Ou bien le monde pourrait-il croire que celui qui en nie l’existence ait raison ? On peut également douter qu’aucun historien réputé puisse reprendre à son compte la comparaison faite par le premier ministre entre le Hamas et les nazis, ou entre le Blitz sur Londres et les roquettes Qassam sur Sderot. Durant le Blitz, 400 bombardiers allemands et 600 avions de combat ont fait 43 000 morts et détruit plus d’un million de foyers. Les roquettes Qassam du Hamas, qui sont sans doute l’une des armes les plus rustiques au monde, ont tué 18 personnes en huit ans. Certes, elles ont semé la terreur - mais est-ce un Blitz ?

Et si nous pouvons comparer une organisation terroriste piètrement équipée à l’horrible machine à tuer nazie, pourquoi donc d’autres ne pourraient-ils comparer le comportement des nazis à celui des soldats de l’armée israélienne ? Dans les deux cas, la comparaison, sans fondement, est exaspérante.

Nétanyahou a débuté son discours comme s’il était le président du Mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem - Holocauste, Holocauste, Holocauste : évoquant sa famille et celle de sa femme. Puis il a repris les mots de Shimon Peres, annonçant un « futur prometteur » pour l’humanité. Non moins démagogique était son attaque contre le régime iranien. Là-bas, ils tirent sur les manifestants, a-t-il accusé avec véhémence. Comme si ce n’était pas le cas dans les villages palestiniens de Bilin et de Naalin.

Vint ensuite le meilleur : L’opération « plomb fondu » a été une attaque de haute précision. Israël a téléphoné à des milliers de personnes pour leur dire de quitter leurs maisons. Pour aller où, monsieur le Premier ministre ? Dans la mer ? Netanyahou a déclaré que l’armée israélienne, qui a tué près de 1 400 Palestiniens, essentiellement des civils, avait fait preuve d’une retenue sans précédent. Nous avons fait la paix avec tous les dirigeants arabes qui le voulaient, a ensuite déclaré le premier ministre. Qu’en est-il du président syrien Bashar El Assad, qui a frappé aux portes durant des années, affirmant qu’il voulait la paix ? Personne ne lui a ouvert la porte.

Évoquer les questions de sécurité et les victimes peut mobiliser les américaines membres de l’Organisation Internationale des Femmes Sionistes, mais personne d’autre. Pour une puissance régionale disposant dans son arsenal de presque toutes les armes existant au monde et qui se bat contre des organisations terroristes rustiques, il est plutôt difficile d’être pris au sérieux quand on parle de sécurité, en particulier quand cette préoccupation de sécurité concerne uniquement les israéliens.

Vint ensuite l’évocation de notre droit immémorial à la terre et les inévitables versets bibliques, en anglais puis en hébreu, qui concluent toujours les discours en de telles occasions. Toutefois contrairement à ses prédécesseurs, Netanyahou n’a pas exhibé une calotte en ce moment crucial. Ce moment était censé émouvoir l’auditoire, mais je suis resté pour le moins insensible devant un premier ministre devenu propagandiste. Les seuls Alléluias entendus hier soir provenaient du stade Ramat Gan, durant le concert de Leonard Cohen.

contreinfo.info

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