Fête de L’Humanité Fadwa Barghouti, femme courage

Publié le par ag94

L’épouse du dirigeant palestinien embastillé est venue présenter l’édition française des Lettres de prison de Marwan Barghouti. Trois jours d’émotion et de solidarité.

Vendredi soir. L’attente ne fut pas longue. Le chapiteau du village du monde ne pouvait contenir les centaines de personnes venues voir, écouter et manifester leur solidarité avec ces « douze femmes résistantes », dont Fadwa Barghouti, l’épouse de Marwan Barghouti, et Noa Levy, jeune pacifiste israélienne. À leur entrée, la salle se lève. Elles sont accompagnées de Fernand Tuil, président de l’AJPF, de Hind Khouri, représentante de l’Autorité palestinienne en France, et de Denise Hamouri. Fadwa Barghouti, visiblement émue par tant de solidarité et de chaleur, se lève également et salue l’assistance. À la voir, on a du mal à imaginer ce qu’elle endure : un mari et un fils en prison ! Et pourtant, via Marwan Barghouti, ce sont les 11 000 prisonniers qu’elle évoque. « Ce livre, confie-t-elle, ce n’est pas celui de Marwan, mais de tous les prisonniers, de tout un peuple qu’on empêche d’avoir un État et de vivre en paix. »

Fernand Tuil donne d’emblée le ton, dénonçant « la non-assistance à peuple en danger » quand il évoque la « sauvage » agression israélienne contre Gaza avec usage de bombes au phosphore, et plus généralement de la situation faite aux Palestiniens depuis des décennies. « C’est scandaleux ! On ne peut pas accepter

cela (…) et c’est pour ça que nous rendons hommage aux femmes

palestiniennes », s’écrie-t-il, avant d’appeler à « traîner Israël devant les tribunaux pour crimes de guerre ».

« Marwan va bien. Il a le moral. Et aurait voulu être là avec vous. Il vous adresse ses salutations. En ce moment, il est en train d’apprendre le français », déclare Fadwa d’emblée, avant d’évoquer les cent jours de

torture qu’il a subis, les quatre

années d’isolement auxquelles il

a été soumis, et l’interdiction faite à sa famille de le visiter. En dépit de ce qu’Israël lui fait endurer, Marwan Barghouti est à l’écoute de son peuple et intervient activement afin de mettre fin aux divergences fratricides entre Palestiniens, avant de souligner « l’importance du document des prisonniers » adressé aux différents courants de la résistance palestinienne pour s’unir contre Israël (1).

Samedi, 13 heures. Village du livre. Fadwa est conviée au débat animé par Pierre Barbancey sur le livre de Marwan Barghouti. Là également, la salle est pleine. À la tribune, Jean-Claude Lefort, député honoraire et président de l’Association France-Palestine, l’avocate Gisèle Halimi et la directrice des éditions Arcane 17, Marie-Pierre Vieu. Jean-Claude Lefort rappelle dans quelles conditions Marwan Barghouti avait été détenu, le déroulement du procès. Et sa plaidoirie prononcée en hébreu. La raison, explique Lefort : considérant qu’il s’agit d’un tribunal illégal, le dirigeant palestinien ne voulait pas d’avocat. Invitant les participants à lire le livre, Marie-Pierre Vieu, le qualifient de « roman de la vie du peuple palestinien », « sans langue de bois » et d’« une modernité fondamentale ». Quant à Gisèle Halimi, elle a fait part de son pessimisme quant à le voir un jour en liberté, considérant qu’avec l’actuel gouvernement Netanyahou, « la paix s’éloigne » !

Il restait moins d’un quart d’heure quand Fadwa Barghouti a pu arriver, accueillie comme la veille, par une salle debout. Là également, elle informe que Marwan a été très heureux d’apprendre que son livre a été publié en français et que, quelle que soit la langue utilisée, il exprime invariablement les mêmes positions. Avant de remercier tous ceux qui aident le peuple palestinien à recouvrer sa liberté et à avoir un État avec Jérusalem pour capitale. En soirée, elle est l’invitée de l’ANECR sur le thème de « Quatre heures pour la paix ». Une soirée présidée en première partie par Francis Wurtz et Hind Khoury. Fadwa Barghouti est chaleureusement accueillie par les élus communistes et républicains, dont plusieurs villes qu’ils gèrent ont fait citoyen d’honneur Marwan Barghouti. Elle remercie la délégation des 108 élus qui s’était rendue en Palestine, permettant ainsi de briser l’isolement du peuple palestinien. Et de souhaiter que toutes les villes françaises fassent de Marwan Barghouti un citoyen d’honneur, à l’instar de celles qui l’ont déjà fait.

Dimanche. Fatiguée mais heureuse, elle a encore dédicacé le livre de Marwan avant de se rendre, dans l’après-midi, sur la scène centrale, où une formidable ovation l’a accueillie.

(1) Document cosigné en juin 2006,

à l’initiative de Marwan Barghouti, par les représentants emprisonnés

de l’ensemble des formations palestiniennes.

Hassane Zerrouky

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