Gaza : Israël s’attaque aux pêcheurs et aux fermiers

Publié le par ag94

Eva Bartlett - The Electronic Intifada


Le 31 août, un bateau de guerre israélien a tiré sur le chalutier de Khaled Al-Habil, le détruisant complètement et laissant les 18 pêcheurs du bateau et leurs familles sans ressource. Ghazi Al-Zaneen, 14 ans...

Une semaine plus tôt, le 24 août, les soldats israéliens placés tout au long de la frontière au nord de Gaza ont pris pour cible et tué un jeune ouvrier agricole, Saïd Al-Hussumi. Âgé de 16 ans, Al-Hussumi a été assassiné alors qu’il travaillait dans les champs à quelques centaines mètres de la frontière, avec son cousin Masoud Tanboura qui a lui-même été sérieusement blessé.

« Nous étions en train de travailler à Attatra, près de la mer, à environ 350 mètres [de la clotûre de la frontière], » a raconté Tanboura, originaire de Beit Lahiya.

Le fait que Tanboura ait survécu est miraculeux car il a eu la poitrine traversée de part en part par une balle. Après avoir vu son cousin tomber mort après avoir été touché par les tirs à la poitrine, Tanboura a couru et a marché sur une distance qu’il estime à un kilomètre, saignant fortement du thorax, jusqu’à ce qu’il ait trouvé par hasard des fermiers avec un charette tirée par un âne. Il a été transporté en charette jusqu’à ce qu’une voiture ait pu le transporter à l’hôpital Kamal Adwan.

Des sources militaires israéliennes ont prétendu devant les journalistes que deux personnes « suspectes » s’étaient approchées de la frontière avec Israël et avaient ignoré les coups de semonce.

« Il n’y a eu aucun avertissement, » a fait savoir Tanboura depuis son lit d’hôpital. « Les Israéliens ont commencé à tirer dès que nous sommes arrivés dans le champ. »

Ouvriers agricoles travaillant pour 20 à 30 shekels (3 à 4 euros) par jour, les deux adolescents ramassaient des morceaux de métal utilisés pour clôturer la parcelle de terrain. Ils en avaient trouvé un peu plus près de la frontière, ce qui était habituel.

« Nous y allions régulièrement, » a dit Tanboura. « Les soldats israéliens nous ont toujours vus, ils savaient que nous ne faisions que ramasser le métal. Beaucoup de personnes se rendent là pour prendre des métaux dans les maisons détruites, » ajoute-t-il.

Selon Tanboura, le cadavre de son cousin a été traîné à travers champs par les soldats israéliens qui ont emmené le corps en Israël, pour le renvoyer quelques heures plus tard par le poste-frontière d’Erez.

Tanboura, comme certains de ses frères, utilise le maigre salaire journalier gagné dans les fermes pour aider à la prise en charge de ses 15 frères et soeurs.

Tué en ramassant des figues

Le 4 septembre, Ghazi Al-Zaneen, habitant Beit Hanoun et âgé de 14 ans, a été tué après qu’un soldat israélien lui ait tiré dans la tête. Avec son père, ses oncles et quelques-uns de ses frères et soeurs, le jeune garçon était allée cueillir des figues se trouvant sur leur terrain à l’est de Beit Hanoun. Bien qu’elles soit proches de la frontière avec Israël, le champ où Al-Zaneen a été tué est cependant à plus de 500 mètres en retrait.

« Ils s’étaient rendus sur ce terrain et allaient à pied. Ghazi a grimpé au sommet d’un tas de décombres qui était auparavant une maison pour regarder au loin. C’est à ce moment-là que les Israéliens ont commencé a tirer lourdement. Tout le monde s’est couché sur le sol. Quand les tirs ont cessé, ils se sont levés pour s’enfuir au loin, et se sont alors rendus compte que Ghazi avait été tué d’une balle dans la tête, » nous dit sa tante.

Maher Al-Zaneen, le père de Ghazi, a témoigné devant le PCHR [Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme] que les soldats israéliens ont continué à tirer alors qu’il portait son garçon blessé jusqu’à la voiture. Ghazi Al-Zaneen a succombé à ses graves blessures à la tête le jour qui a suivi.

Le jour après sa mort, la mère de Ghazi s’est assise, entourée par des parentes et des amies. Elle m’a alors demandé « comment les mères dans votre pays se sentiraient-elles si leurs fils étaient tués comme cela ? Vos hommes politiques ne s’inquiètent-ils pas qu’Israël tue nos enfants ? »

Les autorités israéliennes auraient affirmé que « des Palestiniens suspects se sont approchés de la clôture » et que les troupes ont répondu « en tirant en l’air ». Mais le tir à la tête de Ghazi Al-Zaneen et les deux blessures par balles de Maher Al-Zaneen suggèrent le contraire.

Depuis la fin des trois semaines d’invasion israélienne, dans Gaza au cours de laquelle environ 1500 Palestiniens ont été tués, neuf autres civils palestiniens ont été assassinés en mer ou dans les zones frontalières du petit territoire. Parmi eux on trouve quatre mineurs et un adulte handicapé mentalement. Trente autres Palestiniens, dont huit mineurs, ont été blessés par des tirs et des bombardements israéliens dont l’utilisation de bombes à « fléchettes » dans des zones civiles.

Selon la « Food and Agricultural Organization », environ un tiers des terres agricoles de Gaza font partie de ce qu’Israël impose unilatéralement comme « zone interdite à toute circulation », ou « zone tampon ». Cette bande de terre qui s’étend du sud au nord le long des frontières entre Gaza et Israël a été imposée à la fin de 2000 au cours de la deuxième Intifada palestinienne.

Initialement fixée à 150 mètres, elle a varié au fil du temps. À un moment donné, elle était près de deux kilomètres de large au Nord et à d’un kilomètre à l’Est. À l’heure actuelle, les autorités israéliennes disent que 300 mètres le long de la frontière sont « hors limites » et que ceux trouvés dans cette zone prennent le risque d’être pris pour cible par les soldats israéliens.

Mais au moins un cas démontre que les soldats israéliens tirent sur des civils palestiniens même éloignés à 1800 mètres de la frontière. Le 23 août 2009, Fawzi Ali Qassem, âgé de 63 ans, était sur ses terres à l’Est de Beit Hanoun à au moins 1800 mètres de la frontière, lorsque des soldats israéliens ont ouvert le feu sur le groupe d’agriculteurs. Ali Qassem a été touché à la cuisse gauche.

Imposant un siège brutal long de 27 mois, l’armée israélienne tue des pêcheurs, des agriculteurs et d’autres civils dans les zones qu’il tente délibérément de dépeupler. Cela représente encore une autre composante de de la panoplie des moyens de contrôle israéliens sur la vie des Palestiniens dans Gaza. Face à un tel terrorisme israélien, les Palestiniens continuent de résister, cultivant, et pêchant sous la menace et les tirs.

* Eva Bartlett est une avocate canadienne indépendante spécialiste des droits de l’homme qui séjourne dans la bande de Gaza où elle a pu entrer en novembre 2008 avec un bateau du mouvement Free Gaza.

De la même auteure :

Commenter cet article