Françoise Baud, Léandre Cortana et Christian Leduey:de retour de Palestine sur Valenton Flash

Publié le par ag94

Ce que nous avons vu ! [Retour de palestine]

À l'initiative de l'ANECR (1) et de l'AJPF (2), Françoise Baud, maire de Valenton et Léandre Cortana, adjoint au maire chargé de la jeunesse et du sport, se sont rendus en Palestine et en Israël du 11 au 15 avril dernier, pour participer à l'opération « un avion pour la paix «. J'ai eu l'immense privilège d'accompagner nos élus. Voici ce que nous avons vu et qu'il nous est interdit de taire.
(1) Association nationale des élus communistes et républicains.
(2) Association de jumelages entre les camps de réfugiés palestiniens et les villes françaises.



«Citation du mois»
«La majorité écrasante du peuple palestinien est prête à un compromis historique fondé sur les décisions internationales, qui garantira un Etat d'Israël et un Etat palestinien, vivant côte à côte dans la paix et la sécurité».
Marwan Barghouti - député palestinien, emprisonné depuis 2004Les Palestiniens souffrent d'un mal incurable : l'espoir ! Espoir de libération, espoir d'indépendance, de construction d'une nation, espoir d'une vie normale, espoir de voir les enfants aller à l'école sans danger. Espoir de donner naissance à un enfant dans une maternité et non plus devant un contrôle militaire, les tristement célèbres check points, espoir de garder sa maison et son champ d'oliviers. Espoir de faire de «Depuis septembre 2000, Israël a détruit 4 170 maisons palestiniennes»Jérusalem la capitale mondiale de la Paix. Et le plus court chemin pour concrétiser ces espoirs est de tout faire pour libérer les Palestiniens de l'occupation et libérer la société israélienne de l'illusion d'un contrôle exercé sur un autre peuple. Mais nous n'en sommes malheureusement pas là ! Ici l'heure est toujours à la guerre permanente contre un peuple spolié de ses terres. Ici est mis en place un régime d'apartheid. Peut-être le rapprochement entre ces deux termes, apartheid et Israël peut choquer ! Pourtant, tout commence dès l'aéroport, où les membres de notre délégation dont le nom est à consonance maghrébine sont retenus plusieurs heures pour des contrôles ! Puis dans chacune de nos visites, qu'il s'agisse des quartiers de Jérusalem-Est (territoire palestinien occupé), ou des camps de réfugiés, la présence des militaires, armés et arrogants, m'a le plus frappé. Apartheid parce qu'Israël doit répondre de beaucoup de choses : occupation illégale de territoires, massacres de population, crimes de guerre, démolition de milliers de foyers, colonisation systématique, expulsions, emprisonnements arbitraires, déplacements de population, interdiction de circulation, censure, harcèlement, interdit professionnel à 80 métiers, remise en cause du droit du culte... Entre «savoir» et «voir», il y a presque un abîme ! Nous avons vu ! Gaza nous a été interdit : pourquoi ? Parce qu'en décembre dernier, 1 440 personnes dont 431 enfants et 114 femmes y ont été massacrées et 4 000 maisons, écoles, hôpitaux détruits. Et les violences, les humiliations, le mépris et le racisme se perpétuent contre un peuple qu'Israël continue de spolier et d'asphyxier méthodiquement au quotidien, au mépris total du droit international. Nous avons vu sur le terrain comment le gouvernement Israélien chassait de leurs propres maisons des Palestiniens habitant sur leur propre territoire.

Israël peut compter sur un allié de taille : les Etats-Unis !
«Le 5 mai, Sarkozy recevait Avigdor Lieberman, ministre des affaires étrangères israélien et leader d'extrême droite, cautionnant ainsi les propos de ce dernier contre la création d'un état palestinien !»Nous avons ramené de notre déplacement les preuves matérielles de ces nouvelles annexions de territoires qui sont ensuite attribuées à des colons israéliens. Nous avons vu, touché, le mur de la honte, interminable, 400 kilomètres de long, 8 m de haut, surplombé de miradors. Derrière, 600 000 Palestiniens y sont enfermés. 19 points de contrôle militarisés (jamais tous ouverts à la fois) «autorisent» un accès restreint pour rejoindre terres de culture, travail, école, hôpitaux... Nous avons vu les routes exclusivement réservées à la communauté israélienne. Comment accepter qu'une telle situation se poursuive, que la communauté internationale et notre gouvernement fassent semblant de ne rien voir et continuent de laisser faire alors que le 9 juillet 2004, la Cour internationale de justice (CIJ) déclarait le mur contraire aux dispositions du droit international ? La cour concluait à l'obligation pour Israël de cesser immédiatement sa construction et de démanteler toutes les sections déjà construites, y compris à l'intérieur et sur le pourtour de Jérusalem. Mais Israël peut compter sur un allié de taille, les Etats-Unis, pour continuer à bafouer le droit international en toute impunité. Depuis toujours, les alliés américains votent contre les résolutions de l'ONU. Ces deux pays entretiennent des relations militaires et économiques très étroites en raison des intérêts américains dans la région du Moyen-Orient ainsi que de l'influence du lobby pro-israélien aux Etats-Unis. Bien que n'étant pas membre de l'OTAN, Israël est le pays qui, chaque année, bénéfice le plus de l'assistance militaire des Etats-Unis. Ensemble, ils développent aussi des programmes de recherche-développement militaire dont les résultats sont parfois expérimentés sur les populations civiles de Palestine. Gaza en est un exemple. «Ce mur, nous explique Hind Khoury, déléguée de la Palestine en France, prend pourtant le peuple palestinien en otage. Il permet l'extension des colonies israéliennes et le développement du réseau routier, interdit aux Palestiniens, qui les relie à Israël. Ce mur est une énième violation par Israël du droit international». 180 colonies et plus de 480 000 colons israéliens ont ainsi annexé des terres palestiniennes. Après l'enfermement d'un million de Palestiniens dans la bande de Gaza, La Palestine devient à son tour, une véritable prison à ciel ouvert.

À Jérusalem, 1 500 Palestiniens vont se retrouver sans toit !
Et l'apartheid est partout, y compris dans la ville la plus religieuse au monde : Jérusalem Est, où nous avons séjourné, territoire palestinien destiné à être la capitale de la Palestine. Plusieurs maisons ont été vidées de leurs habitants palestiniens, et d'autres le sont régulièrement, pour laisser la place à des habitants israéliens, qui aussitôt font flotter leur drapeau au sommet de la maison par pure provocation ! 280 arrêtés d'expulsion sont actuellement en cours pour installer d'autres colons à Jérusalem Est ! 1 500 personnes vont se retrouver sans toit. Autre preuve de l'apartheid, le futur tramway construit par les sociétés françaises Alstom et Véolia-tranport, qui va unir les colonies à Jérusalem-Ouest... sans desservir Jérusalem-Est !
«Chirine, 13 ans, a été tué parce qu'il voulait jouer au football !»Nous avons vu aussi les camps de réfugiés. Aïda, en bordure de Bethléem, un des 59 camps cernés par le mur et des barbelés, où nous pénétrons en bus par un check point. Aïda, 5 000 habitants venant de 26 villages rayés de la carte par Israël, une effroyable densité, un habitant au mètre carré ! Mais nous y avons rencontré des femmes et des hommes «debout», d'une admirable détermination, résolument décidés à ce que leur droit soit reconnu, malgré l'humiliante obligation de passer les check point matin et soir, de montrer leur laissez-passer que ce soit pour aller se faire soigner, aller acheter de quoi manger ou voir leur famille restée hors du camp. Dans ce camp, les habitants ont été obligés de peindre leur école en blanc et de demander la protection de l'ONU. Régulièrement des soldats israéliens la prenaient pour cible. Ici, pas de ramassage des déchets ménagers. Le cimetière est coupé par le mur. Les téléphones portables ne passent pas. Même le terrain de foot a été annexé, chèrement d'ailleurs : Chirine, 13 ans, le copain de Souad, mordu de ballon rond a été tué par balle pour s'y être opposé. Dans ce camp, trône une immense clef, un symbole. «Chaque Palestinien garde la clef de sa maison dont il a été expulsé, nous explique Issa Qaraqi, membre du parlement palestinien, espérant qu'ils reviendront un jour, bien que nombre de ces maisons aient été détruites par Israël et que d'autres ont été occupées par des familles israéliennes. Mais empêche-t-on une abeille de retourner dans sa ruche ?»

Il faut dénoncer au monde la «purification ethnique»
Mais les Palestiniens ne sont pas seuls. En Israël, où la situation politique et économique s'aggrave considérablement, des voix s'élèvent, celles des députés pacifistes, des communistes et militants israéliens pour la paix. Nous avons rencontré d'ailleurs des militants israéliens pour la PAIX, au courage et à la détermination impressionnants dans un pays désormais dirigé par l'extrême droite (voir encadré). «Même si la voix des colons, des colonialistes et des fascistes n'a jamais été aussi forte ici, nous ne perdons pas courage, précisait une députée pacifiste. Nous continuons le combat pour faire reconnaître les Palestiniens comme nos partenaires naturels. Il faut dénoncer au monde la «purification ethnique» qui est menée à Jérusalem-est.». Et concernant Gaza, elle expliquait encore, «c'est un comble ! Israël détruit, la communauté internationale paie les réparations (4,5 milliards d'euros) et ce sont les entreprises israéliennes qui assurent les travaux et encaissent les bénéfices sur lesquels elles paient des impôts qui servent ensuite à financer le budget militaire». Nous avons vu aussi des jeunes, de plus en plus nombreux à faire valoir leur objection de conscience plutôt que d'accomplir le service militaire (dès l'âge de 18 ans, 3 ans pour les hommes, 2 ans pour les femmes) et risquant ainsi entre 3 et 6 mois de prison. Ils s'organisent aujourd'hui dans un mouvement appelé «Nous ne voulons pas tuer». Tout un symbole !

Le regard inoubliable de Fadwa Barghouti
Et puis un autre très grand moment aussi, notre rencontre avec l'avocate Fadwa Barghouti, épouse de Marwan Barghouti, député palestinien du Fatah, condamné en 2004 à cinq peines de réclusion à perpétuité pour cinq meurtres et 40 ans d'emprisonnement pour tentative de meurtre. Ses véritables crimes ? Être chef de la branche armée du Fatah, bénéficier d'une immense popularité auprès des Palestiniens pour lesquels il incarne le dernier espoir d'une relance de la négociation de paix avec Israël, de la fin des luttes fratricides entre le Fatah et le Hamas et de la constitution d'un gouvernement d'union nationale. Et surtout celui de la naissance, enfin, d'un Etat palestinien indépendant et démocratique. Françoise Baud n'oubliera jamais le regard de Fadwa lorsqu'elle lui a remis le drapeau de la paix valentonnais. «Nous savons qu'en France la lutte pour la libération de mon mari est engagée, soulignait Fadwa. Mais il y a aujourd'hui 11 000 autres Palestiniens, dont 45 élus, incarcérés dans les prisons d'Israël. Tous ces sacrifices conduiront à la création d'un état palestinien». Partout la même détermination, le même optimisme, y compris à Nazareth, dernière étape de notre séjour. Dans cette ville de 75 000 habitants à grande majorité arabe, le gouvernement israélien n'a pas supporté que les électeurs élisent depuis 1971 un maire communiste. Pourtant, ici dans cette ville de Galilée, berceau du christianisme, juifs, chrétiens et musulmans cohabitent, dans l'indifférence, ni ennemis, ni amis. Mais le gouvernement israélien n'en a que faire. Aussi, la Ville voit ses dotations budgétaires amputées de 21% et le pouvoir a fait édifier juste à côté Nazareth Illit, une autre ville dont la population est composée essentiellement d'habitants d'origine juive, établis en grande partie sur des terrains appartenant à des arabes expropriés. Et dernièrement, le ministre de la sécurité intérieure a proscrit une série de manifestations intitulées «Jérusalem, capitale de la culture arabe», programmées à Jérusalem, à Nazareth et dans d'autres lieux du pays.

On ne revient pas indemne d'un tel voyage
On ne revient pas indemne d'un tel voyage. Mais ce qui ressort immédiatement, c'est d'abord un sentiment absolu de révolte, d'injustice et de colère devant la situation matérielle et les humiliations quotidiennes que subissent les Palestiniens. Un peuple qui, partout où nous sommes allés, nous a accueillis à bras ouverts et nous a donné une magistrale leçon de courage et d'humanité. Tous veulent obtenir un règlement pacifique de ce conflit par l'instauration de deux états viables et indépendants. Tous nous ont demandé de témoigner à notre retour de la réalité de la situation qu'ils subissent, de l'enfer qui est le leur, de l'urgence d'appliquer enfin les résolutions de l'ONU, d'en finir avec l'impunité totale dont bénéficie Israël lorsqu'elle viole les règles les plus élémentaires des droits humains et du droit international. Il est en effet choquant de voir la différence d'indignation et de traitement dont font preuve des gouvernements qui se veulent pourtant les pourfendeurs des atteintes aux libertés et aux droits de l'homme. L'Europe doit exiger que le droit international soit respecté dans cette partie du monde où elle a d'immenses responsabilités. Le débat pour les élections du 7 juin doit s'emparer de cette question essentielle au nom de la paix, des droits de l'homme et de l'équilibre du monde. Il faut impérativement mettre fin à 60 ans d'occupation brutale, d'oppression, d'expulsions, de violence. Il est possible que ces deux peuples aient chacun leur état et vivent côte à côte en paix. Le problème n'est pas religieux, il est politique. Je veux que Fadwa retrouve son mari et que Fatou, Souad, Azza et Tounes, enfants des camps d'Aïda, de Balata, d'Aska ou de Jalazon retournent dans le village de leurs parents et puissent y jouer au foot sans craindre les tirs des militaires israéliens. Une terre, un peuple, un destin : sur la Palestine, un jour nouveau peut se lever. À chacun d'entre nous d'y contribuer.

Christian Leduey

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