30 mars: journée de la Terre

Publié le par ag94

30 mars, Journée de la Terre : contre la dépossession des Palestiniens

AFPS
  Une continuité de l'Histoire à laquelle il est temps de mettre un terme. C'était en 1976 sur les terres palestiniennes de ce qui est devenu l'Etat d'Israël. En commémorant les évènements du « Jour de la Terre » de ce 30 mars 1976, les Palestiniens ne font pas seulement acte d'histoire. Ils disent aussi sa continuité. Celle de la stratégie israélienne de confiscation et d'annexion de leur terre. Et celle de la résistance palestinienne.

Après l'expulsion violente et la dépossession massive de 1948, les confiscations des terres de Palestiniens ayant réussi à rester dans le territoire devenu israélien se sont poursuivies.

Février 1976, le gouvernement veut exproprier plus de 2000 hectares surtout en Galilée. Les Palestiniens d'Israël refusent et manifestent le 30 mars. La répression est violente : six morts palestiniens. Depuis, le 30 mars est la Journée de la Terre.

Alors que les Palestiniens d'Israël continuent à subir une discrimination multiforme la politique d'accaparement de la terre de Palestine continue dans une logique israélienne à double facette : l'annexion, et la séparation. C'est la colonisation de refoulement organisée depuis le début par le mouvement sioniste : un maximum de terres (et d'eau) avec un minimum de Palestiniens.

Jérusalem et ses environs sont une cible privilégiée. Un rapport de diplomates européens en date du 9 mars 2009, qui n'est toujours pas rendu public (comme le rapport de novembre 2005 ) par la diplomatie européenne officielle, souligne les grandes lignes et les dangers de cette politique : confiscations des terres pour la construction de nouvelles colonies et l'extension de celles qui existent, comme pour la construction du mur d'annexion, démolition de 400 maisons depuis 2004, régime restrictif de permis de résidence comme d'accès à la ville, poursuite de la fermeture des institutions palestiniennes...

Tout cela, rappelle le rapport, a des conséquences humanitaires, sociales, économiques, politiques et religieuses, affaiblit la communauté palestinienne à Jérusalem-Est, en entrave le développement, sépare un peu plus la ville du reste de la Cisjordanie, parachève son annexion... La construction de colonies dans et autour de Jérusalem-Est continue à un rythme rapide, contrairement aux obligations du droit international et de la feuille de route, réaffirmées à Annapolis fin 2007. Depuis Annapolis, 3.000 « unités d'habitations »ont été mises en chantier dans les colonies de Jérusalem-Est !

Sur un total d'environ 470.000 colons, tous illégaux, en Palestine occupée, 190.000 sont installés à Jérusalem-Est (colonies de Pisgat Ze'ev, Har Homa, Gilo... et jusqu'au sein des quartiers palestiniens de la vieille ville) et 96.000 autour de la ville, notamment dans la grosse colonie de Ma'ale Adumim qui s'étend presque jusque Jéricho, coupant en deux la Cisjordanie. De nouvelles routes et le tramway illégal de Jérusalem-est construit par des entreprises françaises créent une continuité territoriale entre ces colonies et Israël.

La vallée du Jourdain est aussi une cible privilégiée : colonisation, confiscations de terres, accès à l'eau impossible, destructions de maisons et restrictions militaires drastiques qui y tuent peu à peu toute vie économique et provoquent le départ forcé des Palestiniens. C'est une véritable annexion rampante de cette vallée, qui représente 1/3 de la Cisjordanie, sans protestation ou sanction de la communauté internationale !

En toute impunité les dirigeants israéliens mettent en oeuvre la stratégie explicitée par Dov Weisglass, conseiller d'Ariel Sharon en 2005, au moment de l'évacuation des colons de Gaza et du redéploiement de l'armée israélienne autour de la bande de Gaza assiégée : plomber dans le « formol » toute négociation pour annexer l'essentiel de la Cisjordanie réduite à des micro-enclaves encerclées par les colonies, les routes des colons, le Mur, les 600 barrages militaires. Cet apartheid ne peut être ignoré par les chancelleries ! La séparation entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, toujours sous blocus après 22 jours de bombardements meurtriers et destructeurs, participe de cette stratégie.

Le nouveau gouvernement israélien veut intensifier cette politique. Il allie le Likoud, le parti d'extrême droite d'Avigdor Lieberman et le parti travailliste d'Ehud Barak. Il prévoit notamment la construction de 3000 nouvelles habitations coloniales, bureaux et hôtels sur les terres dites « zone E1 » pour assurer la continuité entre la colonie de Ma'ale Adumim et Jérusalem et couper la Cisjordanie en deux.

Avigdor Lieberman traduit crûment la vision des dirigeants israéliens de séparation des populations. Il prône le transfert des Palestiniens d'Israël et revendique une obligation de loyauté à l'Etat (à l'automne 2000, douze Palestiniens d'Israël ont été tués lors de la répression d'une manifestation de solidarité avec l'Intifada). Que le transfert ne soit pas à l'ordre du jour officiel n'empêche pas d'en ancrer le principe auprès d'une bonne partie de l'opinion israélienne juive. Le 24 mars 2009, moins d'une semaine avant la commémoration du « Jour de la Terre », des manifestants israéliens d'extrême droite ont même été autorisés à marcher vers Oum-el-Fahem, une ville palestinienne en Israël, comme une nouvelle provocation. Des centaines de manifestants, Palestiniens d'Israël et militants de la gauche anticolonialiste, ont organisé ensemble une contre-manifestation.

Depuis 1976 la capacité de révolte des Palestiniens est intacte devant les violations de leurs droits et du droit international par Israël.

On ne peut plus autoriser l'impunité d'Israël. La responsabilité de la France et celle de l'Europe sont en la matière engagées.

Paris, Bureau national de l'Afps, 29 mars 2009

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